GP

Un journal pas intime

Tes mains.

(Text dedicated to my sweet little mom; and hers.)

Qu’est-ce qui se cache dans une ride?
Qu’est-ce qui peut bien vivre dans un sillon de peau abattue?
Moi, c’est pas les plis du visage qui m’atteignent le plus.
Se sont les froncements des mains.  Des tiennes.
De vieux ongles, sur de vieilles jointures, sur de vieux doigts, sur de vieilles paumes.

Cet index, aiguille précise qui a chicané, qui a décrotté, qui a indiquer.
Ce majeur, la boussole du centre qui a fait chier, qui a fait bégayer,  qui fait planer.
Cet annulaire, celui sous-estimé qui a subit le «oui je le veux», qui a porté le poids de la coquetterie, qui a été rongé.
Cet auriculaire, le bébé qui a été jugé et apprécié, qui a pianoté.
Et ce pouce.
Ce maître qui trône.  Fort et fier.
Délaissé à la moufle et subordonné à la joue.

À part le coeur, c’est les doigts qui on le plus de vécu.
Se sont ces extrémités mécaniques qui ont reniflé le braille et goûté ce que le yeux ne savent voir.

J’aimerais conserver tes mains.  Les prendre les cuisiner et comprendre peut-être une portion de ce qu’elles ont nicher.  Si je pouvais je les empaillerais comme une médaille, comme un trophée.

Au creux de ces abysses, de ces vallons qui rendent l’expérience de te les tenir si singulière, vivent et dorment les stigmates de ta signature sur notre astre.

Tes mains son le trésor auquel je n’aurai jamais la map, mais je chercherai quand même et avec persistance à apercevoir ce «X» signe du butin, planqué dans les tranchées de cette peau aînée.

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Échange commémoratif d’avant, d’avant-hier et d’hier

Monsieur «x» écrit :

C’est fou comment vieillir, c’est plate temps en temps.
Tu regardera ce que j’ai mis en pièce jointe.
Pour me faire verser une larme et me faire rire aux éclats en une page et demie, faut avoir une bonne plume.

(en pièce jointe, des textes d’elle, à une autre époque.)

Madame «y» répond :

La nostalgie est à mon point de vue un des plus beaux états d’âme.
On dit que c’est de la tristesse, la nostalgie.
De la tristesse d’un souvenir présent du passé.
Un conditionnel ou un subjonctif.
Un antérieur ou un plus-que-parfait.
Se sont toutefois et à tous coups, des conjugaisons antécédentes.
Des mémoires qui s’accordent au bon vieux temps.
Une fraction qui vient.  Et passe.  Et se loge, entre le diaphragme et l’aorte.
À quelque part proche des tripes, ils y sont.
Petits, grands, gros.
Tous uniques.  Comme des flocons.
Si le futur justifie l’appréciation des réminescences,
J’espère vivre vieille pour pouvoir ruminer.
Ruminer et m’en rappeler.
Encore.

Encore.
De toi.
De moi.
De nous.
D’une ère révolue qui m’a marqué au fer.
Comme le cul d’un cheval qu’on selle.
Comme le sceau qui cachette l’enveloppe que l’on laisse partir comme une colombe perdue.
Se fû un plaisir.
Un immense.
Qui comme une cicatrice,
Restera là, à jamais.
À toujours.