Mon garçon de Ste-Anne-des-Monts

par GP

Ça fait que j’ai décidé de m’exiler. De partir loin loin de la ville pour prendre mon pouls. La métropole, c’est génial. Par contre, il est parfois difficile d’y trouver son centre. Pas évident de se créer un feng-shui mental entre les toussotements des camions à vidanges et les voitures qui roulent trop vite pour les petites rues. J’avais comme objectif de partir pour mieux revenir et avais choisi la Gaspésie comme point de répit. C’est bucolique, assez loin pour se sentir à l’autre bout du monde et il y a la mer. C’est plutôt apaisant d’avoir une brise d’eau au chlorure de sodium te flatter les pores. Inspire du sel. Expire ton sel.

À peu près à la hauteur de Matane et ses crevettes, je me suis rappelé l’été précédent.

Ce soir-là, j’ai rencontré un garçon. C’était son anniversaire, il avait 30 ans. J’appris bien vite que le néo trentenaire travaillait là pour l’été, dans le département de sécurité.

Ledit garçon était très grand et plutôt costaud. Une bonne pièce d’homme, comme on dit. Un nounours massif qui se faisait fort probablement taquiner au primaire. Ça se sent ces gens-là, qui ne l’ont pas eu facile à la petite école.

Mes nouveaux amis et moi avons célébré, surligné au gros marqueur fluo la fête à fêter.

Inutile de dire que j’étais très ivre. Mais pas le ivre fun party. Le ivre j’ai-bu-trop-trop-vite-et-j’ai-pas-soupé-en-plus. J’avais mal au cœur et sentais la fatigue m’envahir. Je suis partie en douce, incognito. Et hop, bobettes et t-shirt de dodo sur le dos, j’étais allongée dans mon petit lit au matelas enrobé de plastique. Aussitôt fait, j’avais l’impression d’être dans le ventre de la baleine de Pinocchio. La marrée de mon estomac était haute et houleuse. En deux temps trois mouvements, j’étais hors de ma couchette, en sous-vêtements sur les sentiers de l’auberge à tenter de me trouver un endroit secret pour vomir en paix.

Les trompettes avaient laissé place à du gros beat pop. Au moins ça va couvrir le son de ma beuverie irresponsable. J’ai trouvé refuge à côté d’une immense roche où les herbes avoisinantes n’étaient pas tondues. Je m’effondre, à quatre pattes la tête dans le gazon et beurk beurk beurk. À la bile, on arrête. Je me relève tant bien que mal, et retourne au lit-Ziploc. M’allonge. Nope. Je me relève de peine et de misère. Sors de la salle commune et me laisse guider vers la plage. Ouais, c’est bon ça, l’air de sel. Ça va faire du bien pour mon mal marin. Je serais un piètre homme d’équipage en tout cas, ça, c’est sur.

Le cul dans le sable, le vent du large fait du bien. Je grelote, mais c’est correct. Ça vient atténuer mon envie de dégobiller. Après un moment, ça se tempère. Je me hisse du sol et me traîne jusqu’au dortoir. En m’échouant dans mon lit simple, je regarde mon cellulaire question de voir à quelle heure toute cette pathétique histoire a eu lieu.

Le garçon m’avait stalké puis écrit.

[…]
Moi : Je suis partie me coucher. Je suis crevée. Désolée!
Garçon : Ah non! C’est ma fête! Come on!
Moi : Meh… Je sais pas trop…
Garçon : Viens-t’en sinon je m’en viens te chercher!

J’enfile une paire de jeans, mais ne prends pas la peine de mettre un soutien-gorge. Je revêts un coton ouaté. C’est pas famous la vie de matelot. Je m’approche et un attroupement de gens se prélasse sur la galerie. Ça parle fort. Ça tinque. Je me faufile un peu timide au travers du monde et reconnais mon garçon assis dans les escaliers. Son visage s’illumine quand il me surprend. «Hey! Approche! Sois pas gênée. On mord pas.» Il tapote la marche à côté de lui. Soupir intérieur. J’espère que j’sens pas le vomi. Il me présente aux personnes du cercle. Ils m’ont tous l’air bien sympathiques. Je me pose à ses côtés. Mon garçon me flatte le dos. Le genou. La cuisse. Les jointures. C’est anormalement rassurant – venant d’un presque inconnu. Nos doigts s’enlacent et dansent comme s’ils se connaissaient très bien. Comme de vieux amants qui s’adonnent à leurs câlins quotidiens. Je me colle contre lui. Je me sens à l’aise et protégée. Bouclier de douceur et de cajoleries. Ça faisait longtemps.

Sans m’en rendre compte, il est rendu super méga tard. Le soleil devrait se lever tout prochainement. Mon garçon me prend par la main et m’amène sur le bord de la grève. À part le fait de marcher dans le sable, c’est hyper romantique. Car malgré ce qu’on pourrait croire, à cause de la propagande de films cheesy, il n’y a rien de poétique à cette démarche. C’est le même niveau de prestance que si tu marchais dans un sentier de plasticine avec des souliers plateformes. Very chic.

Il me guide à une table de pique-nique sous un gazebo à quelques mètres de la mer. Il s’assoit sur la surface de bois, entrouvre ses jambes afin que je vienne plus près de lui. On s’embrasse. Il me serre fort. Il est imposant, je me sens toute petite. C’est rare et précieux. J’entends les vagues derrière moi alors qu’il me caresse et me fais sentir belle. J’ai les yeux fermés et me laisse envahir par ses baisers langoureux. À la fois craintif et téméraire, il passe sa main sous mon chandail, m’attrape les seins. Mes mamelons sont durs et ça l’excite. Il les empoigne, les masses, les dorlote. Il agrippe ma croupe, me serre les fesses. C’est chaud. Ma petite culotte se fait tasser par son pouce, il se met à me toucher. Je suis mouillée, presque autant que la mer. Il prend soin de moi. Tiens absolument à me faire plaisir. D’un coup, quasi brusquement, il s’arrête. « Si on est pour faire ça, vaut mieux maximiser l’expérience et que t’aies une belle vue. » Mon garçon change de place avec moi, m’installe sur la table – face à l’océan – et poursuit sa quête de mon extase. Classy. Ma tête posée dans le creux de son cou, j’entrevois les premiers rayons du soleil miroiter dans l’étendue infinie du Saint-Laurent alors que j’atteins mon paroxysme sous ses doigts de fée et ses becs carnivores.

Les remous claquent sur berge. Les nuages sont mauves.
Les hérons me font un clin d’œil au passage.

 

 

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