GP

Un journal pas intime

Seinpathie

Patiente, pianotant des orteils
Fidèle au métronome final
L’acier cadrant son sommeil
Là, face à la gamme terminale

Drapée d’un bleu d’au revoir
Suivant des yeux cette balançoire
Droite, gauche ; avant, arrière
Ses perspectives dièrent

Cette balançoire
Toujours pareille
Qui loge vieux et vieilles
Joues et jambes ivoires

Elle est la reine du bal
Le bal de l’hôpital

Je la croiserai hypocrite
Sur cette balançoire maudite
Chantant l’hymne à la morgue
À la veille du rythme de l’orgue

Une nudité intrigante
Amène ma pitié sur son crâne
Bonnet vide et sourire qui flâne
Sa poitrine est sans fente

Cicatrice sur son cœur
Rassurée par sa main
Elle questionne le Saint
« Pourquoi ce buste de malheur ? »


1er prix 5e secondaire
Concours de poésie 2006 de l’AQPF – hommage à Marie Uguay

«I’m dreaming of a white Christmas»

Ça se travaille tranquillement.
C’est cyclique.
Chaque année.
La canicule s’étouffe.  Les degrés sont en décroissance.
Les cuisses se camouflent peu à peu.
Les sandales se préparent à hiberner.
Les feuilles brûlent et enduisent l’asphalte.
On dirait du crémage sur les trottoirs.
Ça craque. Ça grésille sous les semelles.
On piétine des chips de feuillus.
Les végétaux se passent ensuite le mot.  Il est temps d’être exhibitionniste.
On se réapproprie les frissons.
On réapprend à grelotter.
Le pouce se fait mettre à l’écart, et les doigts s’agglutinent sous les moufles.
Et un bon matin, ça y est.
Le monde est stone.
Le monde est gelé.
Il y a de la coke au sol.