GP

Un journal pas intime

O2 libérateur

Deux semaines ont passées.  Les mêmes meubles au mêmes endroits.  Les mêmes reliefs frappés de la même lumière.  Les mêmes odeurs accrochées aux mêmes vêtements.
Et étrangement, tout est contrasté.
Dans le même équivalent se découvre un tout autre sens.
La liberté.

J’inspire.
J’expire.

Le même air.  Le même et le plus différent encore jamais respirer.

Ce sera la fin d’une époque.

J’ai rêvé, que tu te momifiais.
Que tu dansais dans des fractions de tissu, des quartiers de mouchoirs.
Que tu te pâtissais, comme un chausson, dans ces chiffons blancs.
Ton lit devenait sarcophage.
Tes calèches, un cortège funèbre.
Tes pyramides, un royaume te rendant hommage.

Du classique sur l’autel récite alors que je lis péniblement.
Je débite ce que j’ai empreint sur un papyrus maladroit.
J’ai une lourde robe noire et des gouttes gravées à mes cernes.
C’est ta dernière symphonie, et tu n’y chante même pas.

César abattu se demande ce qu’il en ai, ce qu’il en sera.
Nous, ses disciples, baissons les yeux et tempêtons sourdement dans nos écharpes.

Nous réussissons enfin à lever les yeux au ciels, et crions en choeur, comme les cordes d’un orchestre qui tremblent sur la même mélodie.
On crie en silence demandant réponse à la suite.

Comment poursuivre si ce n’est que pour embaumer.

Quand j’étais une petite fille, j’avais des robes à poids et je portais du fluo.  J’avais des pommettes coquines et un rire mesquin.  J’avais le pardon de tous.  J’avais l’attention des grands.
Quand j’étais une petite fille, j’avais des pieds qui grouillait comme une chenille.  J’avais des cannes à sucre au lieu des jambes.  J’avais les yeux lustrés et ouverts à l’impossible.
Quand j’étais une petite fille, on m’a promis que je pourrais avoir le monde.  Que je pourrais patiner sur tous les continents, quand et comment je le voudrais.
Quand j’étais une petite fille, j’avais une lampe et un génie.  J’avais le menton haut et les poings combattants.  J’avais un équerre et une immense règle avec laquelle je pouvais mesurer toutes les possibilités d’une vie.

Quand j’étais une petite fille, je ne pensais jamais un jour, devenir grande et perdre mes pouvoirs.