Corrida à domicile

par GP

Mes griffes déchirent la tapisserie du mur de mon salon.
Mes doigts immobiles et congestionnés prolongent mes jointures divisées.
Mon sang skie en moi, pompe comme de l’essence à la station.
Le papier peint chiale.
Mes ongles tombent un à un prisonnier de la cloison.
Un boeuf court vers moi hypnotisé du rouge dans lequel je baigne.
Un taureau de mille livres, de quatre cent cinquante kilos pédale pour m’encadrer dans ses cornes.
Mon sofa devient gradins.
Mon réfrigérateur, le croupier.
On boit et crie.
La grammaire passe à l’espagnol.
Tous veulent me voir au bout de sa fourchette.
Épuisée, je fais face à la réalité:
Je serai steak et lui matador.

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