GP

Un journal pas intime

Catégorie: Écrire pour écrire

Je suis née il y a deux mille ans.
Je suis née quand l’électricité était un mythe.
Je suis née il y a deux mille ans, seule dans ma catégorie.
Mais ayant tout compris…  Deux mille ans trop tôt.
Je suis née dans la brume de l’ombre des rêves.
Je suis née dans le Moyen-Âge et les chevaliers, la généalogie en reliure.
Je suis née dans un donjon dragons grandeur nature.
Je suis née dans édredon qui n’était pas faux.
Je suis née dans le rococo.
On m’a apporté des cadeaux.
Pas de rois mages, pas d’ânes, ni d’étoile.
Je suis née dans un hôpital.
Il y deux mille ans.
J’étais enfant.
Deux mille ans plus tard,
Je suis n’ai toujours pas grandi.
Je rôde : palais, châteaux, refuges, taudis.
Je suis née à une époque qui frôlait le futur.
Je suis née dans une boîte de son.
Je suis née avec une guitare comme caleçon.
Je suis née dans la pore d’une mûre.

Vicieux ou frileux?

Psychose et frousse du clavier.
Épouvante des relectures et phobie du mot.
J’ai trainé.  J’ai évité.  J’ai banni.
Pour un certain moment, la durée d’une respiration en deux temps.
La mise à niveau, mais…  Duquel?

Niveau 1:
L’approximatif qui fait rouler les banalités, voie stable et sécurisante.  Le connu fait toujours plaisir aux bouches qui palpitent.
Niveau 2:
L’implication d’un haussement d’épaules.  Les conséquences d’un sourcil qui hésite.  Les lèvres guindées, la langue malaxe avant d’enfin débiter.
Niveau 3:
Sous-entendus et jeux.  Soucis de l’accent grave ou circonflexe.  Complexité de l’impact.

Après temps de temps et de moments, ça revient au même.  Aux mêmes thèmes et sujets, à la même façon de dire et d’éditer.
Le style pervertit.
L’auteur est toujours corrompu.
Détourné vers son non absolu,
Et se répète : «comment savoir s’ils savent ce que j’ai connu»
L’autre est jamais maître de la vertu.

L’écriture est vicieuse.

On m’a dit cette semaine que l’écriture était dangereuse.  Que l’échange de billets rend fou.  Que l’écrit est trop compromettant pour trop de gens.  On m’a fait réaliser cette semaine que l’écriture peu rendre le laid délicieux et le beau honteux.
J’ai pensé… C’est peut-être qu’avec le noir sur blanc, la perspective perd ses repères.  Désarmée du ton, des mimiques, des traits, des égos, il hypnotise.

Le rituel de la lecture est une cérémonie à laquelle on doit être préparé.  L’initiation ne se fait pas sans disposition.  Les préliminaires sont non seulement fatidiques.  Ils sont empreint d’une démarche scientifique et chimique auxquelles le coeur et le cerveau tendent souvent à discorder.

À la vue d’un courriel, d’une lettre, d’un roman ou d’une revue : soyez avertis.
Ce qui s’énonce et s’expose sur papier est parrain d’une démarche en votre esprit.
Aux plus frileux je suggère de prendre garde puisque la prose investie mets en désordre.
Aux valeureux vicieux, je vous souhaite une belle aventure.

Crooner, crooner.

À un coin de rue, après un après-midi de pluie, il est là.  Il fume une cigarette forte.  Il est sur une patte, une main dans la poche.  Il porte un chapeau d’inspecteur des années trente.  C’est l’avant-guerre.  L’époque du swing.  L’ère des complets gris et des nouvelles voitures Ford.
J’arrive.  Il me regarde.  Sourit.  Aspire jusqu’à la dernière.  Jette le mégot.  Me tends sa main, juste pour que je lui laisse la mienne.  Il glisse ses lèvres sur mes jointures.  On marche.  Moon River joue.  Sinatra me fait un clin d’oeil.  Il m’amène au ciné-parc, manger du popcorn dans le même seau que lui.  Il faut bien trouver des prétextes pour se frôler les doigts.

Matin d’oiseaux.

À la cime du monde : deux aigles.
Sur le pic, au sommet du sommet, ils sont assis, ils prennent le thé.
Rapaces retraités, elle tricote, il lit le journal.
Douce rencontre entre l’embryon d’une écharpe et l’actualité d’hier.
Elle dépose les aiguilles, laisse respirer les mailles pour prendre une gorgée.
Sa griffe suspend l’anse.
Du gobelet à la bouche, le thé se répend.
La soucoupe regagne sa raison d’être, la tasse sur ses genoux.
Lui, lèche son doigt.
Collision de bave sur le papier, la page se tourne.

Cadavre exquis en direct.

J’ai comme un mal de tête là.
Et ça commence.
T’es là où?
J’suis là en dedans.
Est-ce qu’on est obligé de dire des chose drôles?
Non.
Mes textes ne sont pas tout le temps dramatiques.
Je sais.  Mais tu peux tout le temps les interprétés dramatiquement.
Comment tu peux ne pas avoir mal à la tête ?
C’est parce que j’adore fumer.
Bébé chat, poisson, requin, antilope, bébé manchot.
Pourquoi? Tu sens ton souffle s’essoufflé ? Gary… Tu peux me répondre en écrivant.
T’as mal à la tête ?
Non.
C’est quoi?
J’sais pas.  J’pense que c’est la fin d’une époque.
Laquelle ?
L’époque où je fume.
Peut-être. Est-ce que c’était une belle époque ? On va te trouver une nouvelle obsession.
J’sais pas. […]  Qu’est-ce que tu veux dire ?
Tout ce que t’as déjà imaginé c’est déjà produit.
J’ai mal au coeur je vais rentrer.
Je finis ça et j’arrive.
On gel dans le Mile-End.
Elle vomit.
Je survis.
Je lui flatte le dos.
«Peux-tu fermer la porte s’il te plait?»
Je ferme la porte.
Ouvre la patio.

Papas. (avec un «s»)

Mon baybay

Une conversation qui fait mal.
Un père.  Une fille.
Une paire déchirée qui se recoud.
Papa, Papou, raconte moi un peu.
Tu m’as beaucoup manqué.

Et moi qui écoute.
Mitigée et supportante.
Un coup de téléphone, un longue distance qui arrache ses émotions,
Celles qu’on veut et ne veut pas vivre.

Buisness, nouvelles, amours, projets, nouveaux départs.
Conversation banale, usuelle et inconnue.

Témoin d’un rapprochement,
Je baisse les yeux,
J’empreins et j’attends.
J’entends la tonalité qui meurt et le bonheur d’une voix entendue explosé.

Elle est contente.
Je le suis pour elle.

«M’man, j’ai parlé à Papa.
On se voit la semaine prochaine.
Tout est bien qui fini bien.
Maman, ne pleure pas.
On s’aime Papa et moi, et je t’aime aussi.
Ne te sent pas négligé.
Je t’aime.
J’ai hâte de te voir.
J’ai maintenant la tête libre pour mieux penser à toi.»

Un père, c’est un allié pour la vie.
C’est un garde du corps, c’est un enseignant de vie,
C’est un lion, c’est un chaperon, c’est un
lifegard.
C’est un
chum incestueux, c’est une épaule.
C’est un 30 minutes que l’on embrasse.
C’est un poids de moins dans une vie,

C’est deux syllabes qui  valent l’or.
Un trésor parfait et opportun.
Un X rouge sur une
map de pirates,
Qui rappelle les sources et appelle l’amour.

Un pinson sur un bourgeon essaie de croasser.
Un chien passant l’entend et rit.
Miauler est plus facile que crailler.

Drapeau blanc.

Fatiguée, épuisée, brûlée ; morte.
Les chevaliers de la Table ronde partent un à un.
Goûtons voir, non non non.
Clope de dépit.
Fumée de gloire enfouie.
Mégot et clavier, un classique de fin de soirée.

La musique joue toujours, elle.
Cadence d’arythmie.
Une crise cardiaque.
Une puff.
Ça file entre les bronches,
Ça se faufile.
Fautive ou ingénue,
On ne le sera pas.
Une candeur qui charme ou détourne,
Une authenticité dure à cerner.
Un café traîne et ça sent le moulu.
Un pépin pilé.

Des verres empilés sapent un souvenir déjà négligé.
Un cendrier à vider et des coupes à laver,
C’est un bon prix à payer.

Quelles batailles méritent d’être gagnées?
À la guerre je donne mes civilités,
Révérence et regard poli,
Un baise-main pour la forme,
Et le haut forme au pelvis,
Je rends mes hommages.
Vaincue, mais pas abattue.

«Et pourtant, le père Noël existe» J2020, A.Romanovskaia

Un texte qui éclate des molaires de quelqu’un que je ne connais pas.  Ce qui est drôle, c’est que la personne ne me connaît pas non plus.  Elle lit, cette personne.  Lit et lit ; ce que j’ai écris.  Ce que j’ai couver.
Pas de bonjour, ni de merci, puisqu’ici, je suis l’inconnue qui a composé et rédigé.
Une auteure dans l’ombre d’un anonyme qui parle d’un «je» qui était le mien.
Ils applaudissent ces bouches qui ont dit ce qui était écrit, par ces ignorés.
J’applaudis aussi, mais je ne sais qui.

I heart Montreal.

Deux yeux stoned qui marchent dans une rue vide.
Des phares et des klaxons qui viennent apposer une gomme réconfortante.
Visage lugubre et insensé couvert de ses yeux livides mais vivants, regardent le pointillé du jaune.
Souper chinois; alcool portugais; propos russes.
Musique américaine; une ballade qui est supposé nous rendre heureux.
Ça fonctionne un peu.
Mon pas prit de boisson s’enchaînent.
La meilleure façon de marcher, c’est sûrement la nôtre, c’est de mettre un pied devant l’autre et de recommencer.

Ignore les prochaines lignes car elles te sont destinées.

Je ne peux marcher sans but.
Je ne peux avoir ces yeux sans ambition.
Je ne peux avoir ce gargouillement sans besoin.
Je ne peux avoir ces voeux sans souhait.

En fait, ce n’est qu’une question de compatibilité.
La lacune parle ici d’elle-même.

Je t’aurais peut-être aimé.
Dans un autre monde,
où j’aurais été prête à me sacrifier.
Par contre, l’histoire fait que je ne me lance plus si loin,
je reste tout près,
Prête,
avec réticence.

La grande ville s’offre.
Montréal m’attend.
Demain et toujours.
Je la
daterai, cette ville parée à mes attentes.
Oui je le veux.
Et l’anneaux de St-Denis au doigt,
je déchaînerai les rues, comblée et assouvie.
I heart Montreal.