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Un journal pas intime

Catégorie: Écrire pour écrire

Drapeau blanc.

Fatiguée, épuisée, brûlée ; morte.
Les chevaliers de la Table ronde partent un à un.
Goûtons voir, non non non.
Clope de dépit.
Fumée de gloire enfouie.
Mégot et clavier, un classique de fin de soirée.

La musique joue toujours, elle.
Cadence d’arythmie.
Une crise cardiaque.
Une puff.
Ça file entre les bronches,
Ça se faufile.
Fautive ou ingénue,
On ne le sera pas.
Une candeur qui charme ou détourne,
Une authenticité dure à cerner.
Un café traîne et ça sent le moulu.
Un pépin pilé.

Des verres empilés sapent un souvenir déjà négligé.
Un cendrier à vider et des coupes à laver,
C’est un bon prix à payer.

Quelles batailles méritent d’être gagnées?
À la guerre je donne mes civilités,
Révérence et regard poli,
Un baise-main pour la forme,
Et le haut forme au pelvis,
Je rends mes hommages.
Vaincue, mais pas abattue.

«Et pourtant, le père Noël existe» J2020, A.Romanovskaia

Un texte qui éclate des molaires de quelqu’un que je ne connais pas.  Ce qui est drôle, c’est que la personne ne me connaît pas non plus.  Elle lit, cette personne.  Lit et lit ; ce que j’ai écris.  Ce que j’ai couver.
Pas de bonjour, ni de merci, puisqu’ici, je suis l’inconnue qui a composé et rédigé.
Une auteure dans l’ombre d’un anonyme qui parle d’un «je» qui était le mien.
Ils applaudissent ces bouches qui ont dit ce qui était écrit, par ces ignorés.
J’applaudis aussi, mais je ne sais qui.

I heart Montreal.

Deux yeux stoned qui marchent dans une rue vide.
Des phares et des klaxons qui viennent apposer une gomme réconfortante.
Visage lugubre et insensé couvert de ses yeux livides mais vivants, regardent le pointillé du jaune.
Souper chinois; alcool portugais; propos russes.
Musique américaine; une ballade qui est supposé nous rendre heureux.
Ça fonctionne un peu.
Mon pas prit de boisson s’enchaînent.
La meilleure façon de marcher, c’est sûrement la nôtre, c’est de mettre un pied devant l’autre et de recommencer.

Ignore les prochaines lignes car elles te sont destinées.

Je ne peux marcher sans but.
Je ne peux avoir ces yeux sans ambition.
Je ne peux avoir ce gargouillement sans besoin.
Je ne peux avoir ces voeux sans souhait.

En fait, ce n’est qu’une question de compatibilité.
La lacune parle ici d’elle-même.

Je t’aurais peut-être aimé.
Dans un autre monde,
où j’aurais été prête à me sacrifier.
Par contre, l’histoire fait que je ne me lance plus si loin,
je reste tout près,
Prête,
avec réticence.

La grande ville s’offre.
Montréal m’attend.
Demain et toujours.
Je la
daterai, cette ville parée à mes attentes.
Oui je le veux.
Et l’anneaux de St-Denis au doigt,
je déchaînerai les rues, comblée et assouvie.
I heart Montreal.

Laurier à Jean-Talon.

Seule dans un métro,
Dans un wagon qui t’appartient.
Tu montes le volume et tu chantes tout haut.
Quatre stations.  La ligne orange te tient.
Une bonne toune, un bonbon.
Une trop bonne toune et le privilège d’un fourgon.
Une toune qui te fait levé.
Une toune qui te fait bander.
Une toune qui te fait rêvasser.
J’suis là, et je danse.  Je danse sur les rails,
Dans l’enclos périodique des allez et venus.
Moment sans embuche, sans raison, sans faille,
Comme un serpent qui se dandine, tu mues.
Tu te détaches de ta vieille peau,
Des tes maux, des tes taux, de tes crocs.
C’est Laurier à Jean-Talon,
Seule et affranchie,
où quand les portes s’ouvrent à ta station,
C’est ce sourire que tu brandis.

«ecriture.» – La réplique.

pour toi ma douce amie

Au salut sans saut je réponds d’un bonjour clandestin. Un bonjour futile et rempli de sens. Un bonjour qui souhaite et qui réprimande. Un allô lâche et mou. Un allô crispé et envoûtant. Un bienvenue qui enrobe.
Un baisemain prend la relève.
Je lève mes yeux.
Te dicte l’adieu;
en sachant très bien qu’il y aura une autre fois.

Durant ce temps,
cette ellipse occasionnée,
je te posterai un morceau de moi,
un passage, une pensée.
Tu aimeras.
On fera un roman épistolaire.
Une histoire épique.
Une pastorale.

On se retrouvera.  Comme toujours.
Et au salut sans saut, je te répondrai d’un bonjour clandestin.
Et se multipliera ce bulletin, jusqu’à ce qu’un jour, on soit bien.

Un violoniste assis sur une console de son.

Un archet.
Un simple archet.
En fait, non.
Un archet et ce sourire.
J’en ai parlé, et je continuerai.
Montmartre.
Mon Montmartre.

Je me demande tout le temps si c’est le désir de retrouver l’impossible que de n’être véritablement qui l’on ai ou vraiment ce moment, à Montmartre.
J’en ai humé l’essence et consumé le bouleversement, mais par contre, chaque fois que j’y repense, j’ai cet élan de nostalgie.  Ce ressentiment que d’être ici et pas là-bas.

Un violon.
Un simple violon.
En fait, non.
Un violon et une amitié.

C’est à Montmartre que j’ai empreint un souvenir inexplicable et magique.
C’est à Montmartre que je me suis laissé venir et partir à pleurer sur les paillassons de lavande et de bohèmes.

Montmartre n’est qu’un prétexte, on s’entend.
Un alibi infaillible d’une expérience où les maux n’étaient plus et où les mots manquaient.

Mon diagnostic est donné.

On retrouvait sur ces terrasses maintenant embaumées : les intellectuels.
Errants dans ces quartiers huppés et controversés,
Sartre et ses copains, Beaudelaire et ses apôtres se retrouvaient.
Genet, Camus.  Vian, Kafka.
Un double allongé.  Noir.
Ils se retrouvent à l’écart du monde pour le refaire.
Dans un salon vert et capitonné,
ils sont les rois de l’univers et des vers cadencés.
Élus, ils sont les prostitués des bouquins bien reliés.
Marginaux fétichisés qui créent, sous une tache de café, des faits sociaux et des pages balises.

Ils commettent un jour, par inadvertance calculée :
la dépendance aux mots.