Le rose d’une autruche.

par GP

Dans un enclos vivait une autruche rêvant d’être flamant.
Le rose distingué détonnait de sa robe noire gauchement plumée.
Des ses yeux hauts perchés elle pouvait voir les lagunes de l’autre bout du monde décorées de ces oiseaux unijambistes.
Chaque fois, le chagrin grimpait le long de son cou et arrosait sa vue.
Chaque jour la routine reprenait.
Au matin, les statues posaient.
Au crépuscule, elles s’applaudissaient.
L’autruche, elle, devenait vieille.
Sa barbe s’éclaircissait.
Sa coiffe se faisait gaver de gris.
Les flamants eux, ne se démodent pas.
Ils ne se laissent pas faner.
Les flamants s’envolent et se perdent.
Ils s’exilent pour qu’on les désire.
Les flamants partent pour que l’on ne les oublis pas.
Ils quittent vers cet infini qui conserve le fantasme.
Le temps s’effilochait.
L’autruche aussi.
Ses os se disaient désormais fragiles.
Ses plumes brillaient de moins en moins.
Son bec se ternissait.
Faitguée et attristée de ces années aux voeux sans régal,
elle laissa choir sa tête.
Celle-ci tomba et tomba jusqu’à ce qu’elle se plonge dans le sol.
Elle se retrouva avec le front enseveli.
Sous ce plancher terreux, elle ouvrit les yeux.
Elle n’y vit rien.  Que du sable et des débris.
Elle y resta un moment empli du simple bonheur que de n’apercevoir.
Au bout de quelques jours, elle se releva,
Contractant muscles et volonté.
À son retour, elle serra les paupières une et plusieurs fois afin de s’assurer que les choses avaient véritablement changées.
Elle s’étira et s’étrangla pour pouvoir étreindre le portrait qu’elle aimait, cette torture de beauté.
L’autruche ne voyait plus les flamants.
Durant son séjour sous terre, l’autruche était devenue myope.
Elle se posa et pensa.
Elle scruta l’enclos.
Elle y trouva, dans un des coins, une marre délaissée.
Elle s’y approcha.
À ses pieds, un reflet.
Le sien.
L’autruche se contempla.
L’autruche se ravisa.
Elle attendu dès lors et jusqu’à sa mort, le lendemain des jours de pluie.