L’humidificateur de Cupidon

par GP

J’ai une bronchite. Sur antibios. 500mg de pénicilline trois fois par jour. Ventolin dans l’tapis. Et je me fais prêter un humidificateur par mon nouveau dude. Je ne sais pas trop comment réagir. J’essaie d’être de bonne foi et concevoir que le pratique overkill le cute dans la mentalité garçonne. J’veux dire, concrètement, c’est clair que c’est plus efficace qu’une bouillote ou qu’un plat de soupe. Mais en tant que fille, voire en tant que fille malade, pour vrai, c’est un geste qui me rend confuse. J’pense que j’trouve ça un peu cheap.

J’apprends à mon dude qu’après un milliard d’heures à la clinique, j’ai été diagnostiquée avec une bronchite. Déjà, pourquoi il n’est pas avec moi? Pourquoi je suis seule sur les sièges en cuir/métal, entourée de plantes en plastiques que j’ai juste envie de noyer dans du Purell? Oui ça faisait longtemps que j’étais célibataire mais, dans mon souvenir, c’est pas supposé servir à ça les dudes? Être avec nous quand on doit se taper l’urgence?

Il me texte : «Ouin j’aurais aimé être là pour pouvoir te tenir compagnie». BAH T’ES PAS LÀ PIS J’AI PAS DE COMPAGNIE PIS J’SUIS MALADE FAKE JE CHIALE PIS J’AI LE DROIT.

Salle d’attente à docteur à pharmacie à maison.

Je me change en linge mou et glisse sous la couette. Je veux rester ici, à l’horizontal, jusqu’à ce que j’aie des plaies de lit. Mon chat feel tout de suite ma vibe et vient se mettre en boule à côté de moi. Frissons. Tousse. Tousse. Sieste.

Texto de mon dude : «T’es à la maison? Je vais venir te porter un humidificateur. Ça va te faire du bien si t’as une bronchite.» PAS ‘SI’ J’AI UNE BRONCHITE. PAS ‘SI’! J’EN AI UNE. GRR. Mais oui viens! S’il te plait! Viens! Je suis la seule invitée à mon pity party. Viens me serrer dans tes bras.  Me flatter les cheveux. Me prendre la main. Me mettre du Vicks sur le chest. Me faire sentir belle même si je sens le sébum et que j’suis pas maquillée.

Toc toc. Allô! Ça va?
Ah, pas de becs… Quoi? Oui je suis contagieuse, mais…

Cerise sur le top du motherfucking sundae.
Tousse. Tousse.

Mon dude sort la machine de la boîte, tout fier. Il va emplir le réservoir d’eau. Me vante qu’il l’a payé plus cher parce que c’est un à filtre, et qu’à filtre c’est mieux parce que c’est lavable. Ok. Il le branche dans le mur et se met à m’expliquer les pitons du tableau de bord. Eille merci. On s’entend que c’est complexe une roulette d’intensité avec une échelle iconographique de gouttes d’eau. Trois gouttes : beaucoup humide. Une goutte : pas beaucoup humide. Et deux gouttes? J’te laisse deviner.

Toutes ses manœuvres se font avec son North Face toujours zippé all the way. Moi, j’suis assise sur le top de mon bureau. Je regarde la scène un peu ahurie. Tousse. Tousse. Il vient à l’avant du meuble, me regarde et me dis : «C’est drôle j’pensais t’aurais l’air plus malade que ça.» Ah bon. Toujours le mot pour dire hein. Une prescription et puis trois jours de congé de maladie ce n’est pas d’assez bon indicateurs ça l’air. Sorry d’être potentiellement fonctionnelle. J’ai les voies aériennes infectées, j’suis pas handicapée. «J’suis parké en double. J’peux pas rester.» T’es juste venu me porter la machine? Tu ne vas pas prendre soin de moi? «Dis moi surtout pas merci pour l’humidificateur.» Merci…

Dude part rejoindre sa Mazda chérie, fuyant mes microbes et moi. Pour ma part, je retourne m’allonger. Le ronron de la machine se fait quasi rassurant. Oui, j’suis rendue à transposer mon affection à la bébelle électrique qui crache de la vapeur. Je fabule à l’idée de l’apporter dans le lit, que j’puisse me coucher en cuillère avec quelque chose au moins.

Le lendemain, mon amie prend de mes nouvelles. Elle commente du fait qu’elle est heureuse pour moi que j’aie (enfin) un dude pour prendre soin de moi, ou du moins pour me cajoler, me faire boire de l’eau, me faire croquer des vitamines C pis trouver ça attachant que je crispe de la face parce que c’est surette.  Non, y’est pas là. Il ne veut pas l’attraper. «BEN VOYONS DONC! Moi mon chum y’a pas l’choix d’être là, y’en est pas question. Si j’suis malade, y va l’être aussi. That’s it. Y servent à ça! Dans la maladie comme dans la santé, non!?» Il m’a apporté un humidificateur… «Bahahaha! Onnh!» Bin oui. Ha. Ha. Onh.

La médecin a dit qu’après mes premières pills ça prend 48-72h pour que je ne sois plus contagieuse. Ça, c’était le mardi. Dude est juste revenu le vendredi.

Couchés dans le lit post-quarantaine, j’dis à mon dude que y’aurait pu être là t’sais. «T’aurais voulu que je tombe malade moi aussi?» JE DIS JUSTE QUE DE LA LIPTON ÇA AURAIT ÉTÉ PERTINENT.

On a cassé la semaine passé. Best moment ever 5 minutes avant l’osti de Saint-Valentin, j’me dis un peu honteuse parce qu’on s’en fou de la Saint-Valentin, mais pareille…

L’humidificateur est encore chez nous. Je songe à lui préparer un souper aux chandelles.

Séquelles normales de rupture : j’suis un peu mêlée. J’me dis, c’est tu ça de l’amour? De la maturité émotionnelle? Prioriser le pratique versus le cute dans ces attentions?

Comme dans les films, au même moment où j’écris ceci, quelque chose d’épique se produit. Quelque chose qui ne change rien à mon statut de célibataire, mais qui offre de la perspective à mon cerveau néo solo. Mon boss vient de me porter un paquet à mon bureau. C’est de ma maman. Je l’ouvre. C’est un colis de Saint-Valentin. C’est une tradition cul-cul mais awesome qu’on a depuis que j’suis partie de la maison. Papier de soie blanc fourni de cœurs rouges. Carte de souhaits de Hello Kitty. Boîte de Lindt. Et… Un air freshener au bacon. UN SENT BON AU BACON. OUI.

Cute 1 – Pratique 0