Coude à coude < dos à dos

par GP

Tu m’tenais toujours la main.
Tu m’faisais fumer des clopes.
Pis mentir que non-pour-vrai-je-fume-pas.
On s’écrivait des lettres l’été.
Pis on dansait l’hiver.
On encombrait les lignes téléphoniques résidentielles.
Bla bla bli. Bla bla bla.
Patati. Patata.
T’étais mon ancre, ma moitié.
Même pas ma demie : mon trois quarts.
Tu sentais l’eau de toilette Fruits & Passion.
On s’est teint les cheveux ensemble.
J’ai même fait l’amour, une fois, à côté de toi.
Pis t’étais assez fine pour dire que tu «dormais vraiment».
On s’faisait des surprises juste pour empocher le sourire de l’autre.
On prenait soin de nous.
De notre robuste duo quoiqu’improbable.
J’savais où étaient tes grains de beauté.
J’aurais pu les répliquer, yeux fermés.
Je savais comment ta peau bronze, et quels toppings de pizza commander.

Je sais pas il s’est creusé quand le fossé.
Je sais pas il s’est creusé où, ce fossé.

J’pourrais pu te l’préparer, ton café.
Je sais même pu ce que t’écoutes comme musique.
Ou quelle grandeur de souliers.
On s’raconte pu de potins, on discute.
On se tient à jour.
Comme chez l’médecin d’famille.

Je sais pareille que coûte que coûte, on serait là.
Si y’avait de quoi.
De gros. De lourd. De majeur.
Mais j’sais pu c’que tu manges dans tes journées.
Et on se l’disait, ça, avant.
Déjà que quand on se voit aujourd’hui on s’reconnaît moins, si on avait à se rencontrer demain, on s’aimerait probablement même pas.
Tu me trouverais loud pis j’te trouverais péteuse.

Quant à moi, c’est aussi plate qu’irréversible.

Mais j’t’aime. Pareille…

 

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