Suzanne : The Elephant Man

par GP

Trop pleine de nénufars, elle est devenue aveugle.
Mais il n’y avait plus de comptines pour elle malgré le braille.

On tente de pérenniser ses derniers instants en la baptisant guerrière ou héroïne.
On l’encense.
On se justifie son mal en l’intronisation au temple des combattantes.

Qu’elle est forte.
Mais qu’est-ce qu’elle est forte!

Ça fait son temps.
Jusqu’à ce qu’on prenne Noël comme barème.
Se rendra-t-elle au prochain?
Préfèrerait-elle une écharpe ou un châle?
Peut-être des pantoufles…

Je me l’imagine charpentière,
Travaillant le bois de sa croix.

Notre pitié trouve également refuge chez lui,
L’autre du couple.
Il a appris à cuisiner et passe l’aspirateur.
Simples tâches rendues lourdes de sens.
De pertes de sens.

Il peut, au moins, maintenant, pleurer à ses côtés, sans plus se cacher.
Visage crispé. Joues salées.
Il doit toutefois sangloter comme le sourd,
Discret ; muet.

On me dit qu’elle a fait référence à moi.
À mon Afrique.
Qu’elle s’image désormais comme un éléphant.
Ses paumes tronquées en trompe,
Elle sent et tâte et flatte pour trouver repère.

Parée, la Grande Braconnière s’équipe.
Un cœur d’ivoire à ajouter à ses trophées.