GP

Un journal pas intime

La fillette de l’autre côté de la ruelle porte une robe. Un ruban de soie ficelle sa natte bouclée. Des chaussettes en dentelle cajolent ses mollets, quelques pouces au-dessus de ses chaussures cirées.

Elle est assise au sol, près de l’escalier de secours, et joue à noyer des figures de dinosaures dans un sceau de bain de pieds.

C’t’une bonne semaine quand je stream pas MasterChef le soir-même de sa diffusion. Que j’suis trop occupée à me raser l’aine à tous les jours ; à m’mettre d’la vitamine E sur les p’tits boutons que mon Gillette Venus provoque. Pour être belle et propre. Pour toi, tes gros doigts de maçon, pis tes troubles d’engagement.

Poésie de vélo

Salut Montréal.
Ce matin, coin Rachel / Des Érables,
Tu sentais les hutongs un peu sales.
Jtaime pareil;
Mon amour pour toi est pare-balles.

Biographie trafiquée

Je ne me rappelle pas de mon premier souvenir. Les fois où je m’arrête pour y réfléchir, je ne parviens qu’à me commémorer quelques anecdotes éclectiques survenues à partir de plus ou moins 5 ans d’âge.

Je me rappelle avoir eu une gerboise, que j’ai ingénieusement nommée Coco d’après la perruche familiale du même nom.

Je me rappelle vouloir sortir Coco la gerboise de sa cage et qu’il luttait contre l’idée de se faire attraper. Je l’avais saisi par le seul endroit auquel j’avais accès : sa queue. Un centimètre de celle-ci m’était resté entre les doigts. Une petite boule de chair et de poils gisait entre mon pouce et mon index tandis que Coco, saigné, laissait dernière lui, dans le bran de scie, un fil d’Ariane.

Quelques autres souvenirs de mon enfance restent assez clairs. Toutefois, ils sont durs à départir des faux. Il semblerait qu’avec le temps, ma mémoire ait tamponné ce que j’ai lu, vu et vécu en histoires erronées.

Je tronque la réalité. Je l’étire. L’enjolive. La dramatise. Je poétise la vérité. La rend mienne. Ce n’est que confronté à d’autres acteurs d’une même chronique que je réalise l’ampleur des altérations que je façonne. Souvent, j’acquiesce, pour qu’ils se taisent ; pour que je puisse conserver ma version falsifiée des faits. Plus belle et plus facile à trimballer.

 

I want an afro too.

Festif festival

Au beau milieu de nulle part,
Un attroupement de ponchos.
Des visages aux orées d’imperméable ;
Une jungle de parapluies.

Un ciel méchant.
Cumulo en crise.
C’est le type d’averses qui fait boire, car,
Vaut mieux être souls et mouillés que juste trempés.

Sur scène, une Acadienne.
Des stroboscopes qui t’pètent un buzz
Et les éclairs qui surenchérissent :
«Gna Gna. Mon flare est plus fort que l’tien.»

C’était un jour ordinaire.
Tu faisais la grâce matinée.
Je faisais semblant de dormir.

On a finalement fait le café,
Mais il n’y avait plus de lait.

Ce n’était plus grave le moment où,
Sur la table tournante empoussiérée,
T’as fait jouer du soul.
Et tu m’as fait danser.

Au chalet

Fait gris.
J’ai l’coton ouaté;
Ma bobette mouillée.
Des épines de pins sur mes pattes;
D’la boue dans l’vernis d’pieds.

J’sens le marécage pis le plâtre.
Une écharde de moins dans mon p’tit coeur peureux.

On fait quand même un beau petit duo.
Toi le sado; moi la maso.
On se complète.
Des contraires qui s’attirent et s’attisent.

Tu m’étrangle la langue d’un gagball.
Pas pour le kick, ni le kinky;
Bien pour sa fonction de bâillon.
Sourdine mon bataillon.

Ça fait mal. Ça brûle; tire; étire.
Mais, c’est toi qui l’inflige.
Donc je pleure docile et pas trop fort.

C’est pourquoi Tiffany & Co. ne fera jamais faillite

Il l’adorait.
La convoitait.
L’idéalisait.

Menuisier de cœur, chaque jour, il lui construisait un piédestal plus haut et plus somptueux que la veille.
La cime de sa tour d’ivoire effleurait les nuées.
Égratignait la queue des avions passants.

C’était dimanche, lorsqu’il se prosterna,
Qu’il apposa son genou au gravier.
Qu’un tout maigre caillou s’imbriqua à sa rotule.
À demi au sol, il expérimenta les sept secondes les plus longues de sa vie.

Celles-ci finirent en chapelle et en orchidées.
En divorce et en aigreur.