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Un journal pas intime

Tag: mot

Vicieux ou frileux?

Psychose et frousse du clavier.
Épouvante des relectures et phobie du mot.
J’ai trainé.  J’ai évité.  J’ai banni.
Pour un certain moment, la durée d’une respiration en deux temps.
La mise à niveau, mais…  Duquel?

Niveau 1:
L’approximatif qui fait rouler les banalités, voie stable et sécurisante.  Le connu fait toujours plaisir aux bouches qui palpitent.
Niveau 2:
L’implication d’un haussement d’épaules.  Les conséquences d’un sourcil qui hésite.  Les lèvres guindées, la langue malaxe avant d’enfin débiter.
Niveau 3:
Sous-entendus et jeux.  Soucis de l’accent grave ou circonflexe.  Complexité de l’impact.

Après temps de temps et de moments, ça revient au même.  Aux mêmes thèmes et sujets, à la même façon de dire et d’éditer.
Le style pervertit.
L’auteur est toujours corrompu.
Détourné vers son non absolu,
Et se répète : «comment savoir s’ils savent ce que j’ai connu»
L’autre est jamais maître de la vertu.

L’écriture est vicieuse.

On m’a dit cette semaine que l’écriture était dangereuse.  Que l’échange de billets rend fou.  Que l’écrit est trop compromettant pour trop de gens.  On m’a fait réaliser cette semaine que l’écriture peu rendre le laid délicieux et le beau honteux.
J’ai pensé… C’est peut-être qu’avec le noir sur blanc, la perspective perd ses repères.  Désarmée du ton, des mimiques, des traits, des égos, il hypnotise.

Le rituel de la lecture est une cérémonie à laquelle on doit être préparé.  L’initiation ne se fait pas sans disposition.  Les préliminaires sont non seulement fatidiques.  Ils sont empreint d’une démarche scientifique et chimique auxquelles le coeur et le cerveau tendent souvent à discorder.

À la vue d’un courriel, d’une lettre, d’un roman ou d’une revue : soyez avertis.
Ce qui s’énonce et s’expose sur papier est parrain d’une démarche en votre esprit.
Aux plus frileux je suggère de prendre garde puisque la prose investie mets en désordre.
Aux valeureux vicieux, je vous souhaite une belle aventure.

Pédoncule

Comme dans les films en noir et blanc.  Comme ce noir et blanc des années cinquante.
Je t’ai.  Sur moi.  Emmitouflé.
Je t’ai sur moi, comme tenait la vierge, dans un drap.
Drapé de mes larmes qui ne font plus de bruit.
Le silence est pesant.  On se regarde.  Il n’y a plus de mots.  Il y a le silence des derniers moments.

Je fixe ton petit ventre.  Je veux le voir monter et descendre; encore et encore.
Je le fixe et chaque fois j’espère.  J’espère ne pas le voir immobile.

Tes forces te lâchent.  Les miennes aussi.  On reste là.  Toi dans mes bras, pour que je le sente et ressente ce petit coeur qui m’a fait vivre.  Ce petit coeur inestimable.

Il n’y a plus de bruit.  Que de l’attente.  Je l’attend avec toi, cette mort tranquille qui te moulera à son tour.  Qui te prendra, dans ses bras, pour te rassurer alors que je ne pourrai plus.
Je le sais que tu ne m’abandonne pas.  Tu me salue l’au revoir et à la prochaine.  Tout simplement.
Sans mot.  Sans bruit.
Plus un son.
Plus qu’une sourdine.

Je suis là, la bouche torturée de t’avoir comme ça, sur moi, dans mes bras, dans ce drap.
Ton petit corps frêle qui a tant donné.

L’instinct maternel n’est désormais que crainte.  Peur et pleurs.

Reste ici dans mes bras.  Et attendons ensemble.

Soyons patients.
Pour le temps qui nous reste, pour celui que nous avons eu.
Pour le silence qui se  brisa alors que ton petit corps sera statue.