Pédoncule

par GP

Comme dans les films en noir et blanc.  Comme ce noir et blanc des années cinquante.
Je t’ai.  Sur moi.  Emmitouflé.
Je t’ai sur moi, comme tenait la vierge, dans un drap.
Drapé de mes larmes qui ne font plus de bruit.
Le silence est pesant.  On se regarde.  Il n’y a plus de mots.  Il y a le silence des derniers moments.

Je fixe ton petit ventre.  Je veux le voir monter et descendre; encore et encore.
Je le fixe et chaque fois j’espère.  J’espère ne pas le voir immobile.

Tes forces te lâchent.  Les miennes aussi.  On reste là.  Toi dans mes bras, pour que je le sente et ressente ce petit coeur qui m’a fait vivre.  Ce petit coeur inestimable.

Il n’y a plus de bruit.  Que de l’attente.  Je l’attend avec toi, cette mort tranquille qui te moulera à son tour.  Qui te prendra, dans ses bras, pour te rassurer alors que je ne pourrai plus.
Je le sais que tu ne m’abandonne pas.  Tu me salue l’au revoir et à la prochaine.  Tout simplement.
Sans mot.  Sans bruit.
Plus un son.
Plus qu’une sourdine.

Je suis là, la bouche torturée de t’avoir comme ça, sur moi, dans mes bras, dans ce drap.
Ton petit corps frêle qui a tant donné.

L’instinct maternel n’est désormais que crainte.  Peur et pleurs.

Reste ici dans mes bras.  Et attendons ensemble.

Soyons patients.
Pour le temps qui nous reste, pour celui que nous avons eu.
Pour le silence qui se  brisa alors que ton petit corps sera statue.