Sorcière à 5 ans.

par GP

Je suis une sorcière.
Je suis vicieuse.
Je suis maléfique.
J’ai un chaudron où je cuis des enfants vifs.
J’ai un nez crochu avec plein de verrues.
Je suis perverse.
Je suis hargneuse.
J’ai un balai volant au manche ingrat.
J’ai un chapeau pointu qui écorche les regards disgracieux.
Je glace le sang.
Je terrorise.
Je m’appelle Garance Philippe, et j’ai 20 ans.

Je fais peur.

À ce qu’il paraît, je suis difficile d’approche.
À ce qu’il paraît, je suis bête et inaccessible.
À ce qu’il paraît, je suis d’attaque dans mes propos.
À ce qu’il paraît, je suis cinglante et fermée.

Ma mère a une théorie.
On passe tous par un âge que l’on garde.  Que l’on conserve.  Que l’on empoigne et ne laisse pas tomber.
Ma mère, 57 ans : a 23.
Une de mes meilleures amies , 20 ans : a 16.
Ma tante, 58 ans : a 30.

Ma mère dit que notre comportement, aussi appelé par certains notre personnalité, peut se traduire en un âge mental précis.
Moi, 20 ans : j’ai 5.

On est comment à 5 ans ?  Se rappelle-t-on vraiment ce à quoi l’on aspirait?  Se rappelle-t-on vraiment ce pour quoi on avait des principes?  Si même à l’époque on en avait…  Se rappelle-t-on vraiment ce qui nous faisait frémir ou pleurer?

À cinq ans, on est maladroit.
À cinq ans, on veut l’attention, on parle beaucoup, on se croit plus fort que le monde.
À cinq ans, on est inquiet en zone d’inconnu, on met nos parents sur un piédestal, on chigne quand on n’a pas ce que l’on veut.
À cinq ans, on dit vraiment ce qu’on pense, on ne conçoit pas les conséquences de nos actes, on est ludique.


Avoir cinq ans, et agir propre à notre âge, c’est normal.
Avoir vingt ans, et agir propre à un enfant de cinq ans, on est une sorcière.

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