GP

Un journal pas intime

Yé. Pas de bébé.

Fais l’amour.

Ne baise pas.
Ne fourre pas.
Fais l’amour.

Dévêtis toi.  Dévêtis-le.
Embrasse-le,
et laisse-toi embraser.
Rends-toi vulnérable.
Sois fragile, désarmée, impuissante.

Héberge ses paumes sur tes pores.
Transpire pour lui.
Prends son odeur en otage.
Éprouve-le.
Apprivoise son rythme.
Happe ses fesses.
Croque son épaule.
Rase ses os.
Étreins son torse.
Ressens ses muscles.
Enlace ses spasmes.
Avale ses sons.
Obéit ses élans.
Dompte ses cambrures.
Grafigne ses vertèbres.
Écoute son anatomie.
Dessine son bassin.
Serpente ses jointures.
Emprisonne ses orteils.
Talonne son souffle.

Venez.
Fais-le venir.  Et viens.

Encage ce souvenir.
Attends un mois.

Aie peur.
Médite sur ton âge, ton mode de vie, ta situation financière.
Raisonne ton pouls.
Estime.  Encaisse.
Aie peur.
Aie peur.  Et un peu plus peur.
De toute façon, elle va émaner toute seule.
Puis, va à la pharmacie.
Dépense vingt dollars.
p.s un test de grossesse, ça donne des points optimums.

Reviens chez toi.
Dors mal.
Parce qu’à ce qu’il paraît l’urine du matin est mieux.
Réveille-toi fripée,
Va pisser.
Et attends.

Attends une minute.
Attends cette minute.

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60 secondes.

Sourit.
Soupir.
Et ressens toute cette joie que de ne pas avoir de foetus qui grandit en toi.

Pourrie d’amour

J’ai été abusivement choyée.  J’ai été dorlotée. Comblé.  Chouchouté. Gâté.
J’ai les meilleurs parents du monde.
Je n’userai ni d’humilité, ni de modestie.
Je le gueulerais.  Je le vomirais.  Je le dessinerais.  Je l’aboierais.
J’ai les meilleurs parents du monde.
C’est un fait.
Et c’est tout.

Je me suis fait chanter «Les roses de Picardie».
Je me suis fait bercer dans le dévouement.
Je suis suis fais emmitoufler dans l’affection.

J’ai fait tellement de conneries.  J’ai fait des idioties irréversibles.  De creuses erreurs.
Et jamais, ils m’ont tourné le dos.  Ils m’ont affrontée, ils m’ont chérie, ils m’ont cultivée.
Ils ne m’ont jamais abandonnée.
Jamais.

Ma mère me glissait au creux du coeur, dans de petits moments plus sombres:
« You are my sunshine, my only sunshine
You make me happy when skies are gray
You’ll never know dear, how much I love you
Please don’t take my sunshine away»

Le soleil est une image trop utilisée.  Aliénée.
Mais pensons-y : le soleil.  C’est quand même ce qui constitue la source principale de lumière à la Terre.  C’est quand même une fucking grosse étoile assez importante à notre constitution.

Et je suis le sien.

Combien d’astres de la sorte composent votre existence?
Pour ma part, c’est un chiffre en décroissance.
C’est infirme.  Minime.  Dérisoire.

J’ai les meilleurs parents du monde.
Mon père est plus fort que le tien.
Ma mère aussi.

C’est un fait.
Et c’est tout.

Conditionnel présent : si j’étais une itinérante je…

«Spare change please»

Y fait treize  Mais ya du vent
Treize avec du vent, c’est comme un dix degré à l’ombre
Mais là, ya du vent
Au moins y fait soleil.

Yé onze heure
J’viens d’manger un bagel
Ça faisait longtemps.

Yavait pu beurre par exemple
C’est sec un bagel avec rien
Spa comme une toast, c’est plus épais
Ça plus tendance à sec quand ya plus de pain
Mais c’tait bon quand même parce qui restait dla confiture.
Au moins.

Sur l’asphalte ya des ptites roches
On dirait que ça forme la face de quelqu’un de connu
Avec les plis pis les rides du béton
Ça m’fais penser aux mains de ma mère
J’me d’mande qu’est-ce qu’à fait.

«Spare change please»

J’ai envie d’faire l’amour
J’ai tout l’temps envie d’faire l’amour quand j’peux pas
Pis quand j’peux, c’est moins l’fun on dirait
C’est ben l’fun la, mais, on dirait moins que quand j’peux pas.

La seule affaire qui m’manque ici
C’est un livre, ou quekchose
Une télé dans rue c’est weird
Fake s’pour ça j’dis un livre
Juste dequoi pour me distraire
J’ai faite le tour de scruter l’monde.

«Spare change please»

Messemble que j’connais la toune qui joue dans l’char qui attend le vert dla lumière
Même si s’t’en anglais jcomprends les paroles
Mais l’tempo est meilleur que les paroles
J’tapperais ben du pieds mais sont trop plein d’fourmis.

Faut j’me trouve une meilleure technique
Pas un meilleur spot
Non, ici c’est bon, ya ben du monde
Juste un meilleur arrangement
Ça fait mal à longue être assis en indien.

J’sens pu mes os d’fesse
J’sais pas si sta cause du poids d’mon corps
Ou à cause qui fait treize
J’sens pu mes os, ok, mais ma chair de cul a frette.

«Spare change please»

En ce moment au Pérou
mettons qu’on dit dans capitale
Y fait vingt-quatre
Vingt-quatre degré avec pas d’vent, pis du soleil.
Mais ici, y fait treize pis ya du vent

«Spare change please»

(sans titre : non intitulé.)

C’est soit que je suis le moule parfait à tes cuisses.
Ou bien, une mouche dans tes frites.
C’est soit que je suis l’amour de ta vie,
Ou une perruque sur ta soupe.
Tout le temps.
Tout le temps.
Tout le temps.
Jamais d’entre-deux.
Jamais de baiser coquin.
Jamais de désir pas incertain.
Calice.
De calice.
De calice.
Pas grave.
Au moins, j’apprends.
Tu m’enrichis.
J’vais devenir super sage un jour.
Et j’pourrai dire que tu m’y as aidée.
Un jour, je le sais,
Je me ferai caresser,
Sans le demander.
Je me ferai vouvoyer au lit,
Et on me donnera une marguerite par jour.
Je pèlerai les pétales, et ce sera que du je t’aime.
Je te posterai la tige,
Vide et nue,
Aride et isolée.
Souvenir de moi, dans tes draps.