Un verre de porto. Plus un autre.

par GP

Du porto.
Un verre.
Plus un.  Plus un autre.  Plein de porto.  Plein de verres de porto.
Des orteils chauds.  Des pieds palmés de laine.  De gros bas d’laine.
Une cheminée qui beugle.  Du bois qui meurt.  Une flamme qui glace un grelottement.  Des cendres qui tuent un frisson.
Il y a de petites lumières qui flashent sur l’arbre.  L’étoile à sa cime me fait un cli d’oeil.
Je me sens bien.
Un autre verre de porto.
J’me sentirai encore mieux.
Tout le monde s’en va s’coucher.  Moi, j’attends.

J’t’attends.
Même si tu viendras pas.
«Joyeux temps des fêtes» j’te dis.
Tu m’entends pas.
Pas parce que tu l’veux pas.  Parce que,
T’es pas là.

Je trinquerais en te regardant, béate de notre nous.
J’t’embrasserais les jointures en te remerciant d’être là, ici, avec moi.
On ferait même pas l’amour.  On prendrait un verre de porto.  Plus un.  Plus un autre.  Plein de porto.  Plein de verres de porto.  Toi pis moi.
On s’endormirait au pied de l’arbre, puis au matin, on se déballerait.  Tour à tour.  Contents.  Surpris.

Tout le monde est couché.  Y’a plus de bruit.  À part le vent sur la façade d’la maison, pis à part les bûches qui carburent toujours.

J’suis toute seule devant le sapin qui rit.
J’pense qui rit de moi.
Mais on rit pas des autres la veille de Noël.
J’m’allume une clope.
Pis j’attends.
Cette fois j’attends d’m’endormir pis d’me réveillé en espérant t’avoir oublié.