GP

Un journal pas intime

Smarties; vol.II

Je me sens coupable.  Coupable parce que ça ne me tente pas de mettre mes bottes et de m’imposer la camisole de force qu’est mon manteau.  C’est sans parler de mon foulard.  Je me sens coupable parce qu’il fait moins tentre.  Qu’il fait moins trente et que je commence à être pompette.  Être pompette à moins trente, c’est moins attrayant.
Alors.  Je reste devant mon MacBook.  À tapper et me sentir coupable.
À l’intérieur, il fait 23°C.  Tu serais couché dans le salon.  Et, je ne m’en renderais pas compte.
Je t’aimais tellement.
Tu le savais?  J’espère tant.
Je t’aimais.  Je t’aimais.  Je t’aimais.
Aujourd’hui, en arrivant ici, j’ai eu des bleus.  J’ai eu les
blues de toi.
Toi qui bave près du bloc à boucher.
Toi qui jappe aux lumières des étoiles.
Toi qui grogne aux flocons.
Toi qui somnoles aux bruits incandescents.

C’est mon premier hiver sans toi depuis si longtemps, depuis presque les deux tiers de ma vie.

J’irai à ta tombe demain.
Je te parlerai.
Je te dirai, de vive-voix, que je m’excuse de ne pas être passée hier.
Je te conterai.  Tout.
Je bâillerai sur ta décomposition.
Je serai avec toi.
Avec tes lambeaux grugés par des vers.
Du moins, avec ce qu’il me reste de toi.
Demain, je te saluerai.
Smarties.
Demain, promis.
Je t’aime.

Jésus

Alors; Jésus.

Jésus : fils de tout.  De Dieu.

Tu es donc venu sur Terre pour sauvé l’humanité?

Ok.

Ça marché?

Dit Jésus, ça fonctionné?

On célébre, techniquement, la naissance de ce dude, Jésus.

À l’an zéro, il y avait des modes ? Il en faisait parti ?

Il portait des sandales à la Xena lui aussi ?  Comme nous l’été passé?

Il a vraiment juste fait une métaphore avec le vin où il en buvait?

T’as-tu déjà été malade d’une brosse au vin, Jésus ?  J’veux dire… C’était quand même des gros soupers, non?  Ça semblait couler…  Pis du pain, on s’entend, c’est pas assez pour te faire un fond.  Dreamais-tu d’un withe Christmas?  Fuck all!  J’veux dire…  Christmas, c’est devenu ta fête, pis en plus, la Palestine, c’est pas ce qu’il y a de plus froid là…

Les rois mages, ils étaients chiants ou réceptifs?  Ils avaient un GPS tu crois?  Pas un GPS comme aujourd’hui, bien entendu, mais… Quelque chose, je sais pas moi, une branche de cactus dans de la sève d’un âne pis ça faisait qu’ils savaient précisément où t’étais…

Pis ta mère, tu lui enverras le bonjour de ma part, est vraiment vierge?  Ça contredit pas ce que t’as établi de la chrétienneté, non?  J’veux dire…  On a ben beau croire que oui oui, t’as réscussiter plus tard dans ton existence, ok, au pire, ça se peut, mais mettre un enfant au monde sans…  Sans…

…Sans…

Ben, tu comprends là… Sans, t’sé, «faire l’amour».  Y me semble que ça contredit un peu ce qu’on apprend en bio.  Ben sûr à ce moment tu vas problement me dire que la science et la religion sont opposés et que c’est une erreur que de les entremêlés mais, faut dire Jésus, j’ai bien de la difficulté à pas le faire.  Du moins sur le point de… De… De ta conception.  Ouin.  Mettons.

En tout cas.

Merci quand même Jésus.  T’as fait établir une fête vraiment internationale qui fait émaner des affaires qui peuvent juste émaner au temps des fêtes, pis…  C’est cool t’sé.

C’est cool, malgré tout, d’avoir un moment dans l’année auquel se raccorché pis se dire que ce moment-là c’est vraiment spécial.

Bill Crosby

Bill Crosby.
Il est là.
Bill.
Et moi aussi.
On valse un peu.  Juste assez.  Pas trop.

«I’ll be home for Christmas»

Je le serai aussi, Bill.
J’y suis.

J’y retrouve des souvenirs hétéroclites.  Cette fois-ci, c’était des objets. Cette fois-ci, c’était des odeurs.  Des chaleurs.  Des couleurs.
C’était la table de la cuisine réchauffer par les bûches qui braisent et le vin qui baignait.
Encore une fois, on a conquérit le monde ce soir.
Il était à nous.
Ah, ce Monde.  Le monde.  Notre monde.
Mon père et moi réussissons à tout coup (non : presque) à l’empoigné et l’amener à nous bécoter la joue.  Ce monde
cruel et beau.  Ce monde incompréhensible et prévisible.
On entend l’aiguille du vinyle d’antan, de ces années 50 où les hommes comme Bill, comme Bill Crosby, ouvrait la porte aux dames, leur tirait la chaise, leur offrait leur doigts afin qu’ils leur baise la main.  Ça joue doucement.  En arrière-plan, au premier dans mon coeur.
Il fait chaud.  Juste assez.  Pas trop.
C’est sec.
J’ai pelleter le balcon.  C’était de la poudreuse.
J’ai parti le feu.  C’était ma fournaise.
Je suis de retour dans la maison des mémoires, des blessures, des expériences.  De retour dans la maison familiale. De retour dans le foyer des vices.
Du porto.  Oui.  Je vous l’avait dit.  Du porto.
Alors, on trinque : à Noël!
Non.  Fuck Noël.
Pourquoi?  Parce qu’on le sait que c’est un prétexte.
On trinque à nous et à l’instant.  Cet instant qui, comme une photo, durera mais restera éphémère.  Bref. Court.  Mortel.

Ah! Bill!  «Merci d’être là» je me dis.
Bill et moi, dans une cuisine.  Pour «Noël».