Nana

par GP

Je n’ai jamais eu le pouce vert.

À 15 ans, à un party rassemblant à la maison quelques filles de mon collège, j’étais naïvement soule et j’ai tué ma plante carnivore en lui donnant du Jack Daniels.

J’ai quelquefois essayé d’en faire grandir et fleurir.  Rares sont celles qui passent un été.  Elles s’épanouissent un instant pour mieux mourir.

Il y a deux ans, ma grand-mère paternelle est morte de l’Alzheimer.

Il y a aussi deux ans, nous avons appris que ma grand-mère maternelle souffrait également de l’Alzheimer.  Démence mineure chevauche démence majeure.  Lorsque la chance est au rendez-vous, elle est totalement elle-même, avec toute sa tête et la répartie qui vient avec.

Il y a trois ans, à Pâques, cette grand-maman maternelle m’a donné une plante.

Pour une raison que j’ignore, la plante vit toujours.

Je n’avais jamais vraiment prêté attention aux fantômes, aux esprits, à la providence.  J’en n’avais jamais senti la nécessité.  Il n’y a pas si longtemps, j’ai accepté de croire que les choses peuvent arriver selon une succession non fortuite, selon une concurrence d’événements un peu plus loin du hasard que l’esprit rationnel ne veut se le permettre.

Ma plante vit toujours et ma grand-mère aussi.
Elle fête son quatre-vingt-dixième la semaine prochaine – la femme, non pas la plante.

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