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Un journal pas intime

Catégorie: Écrire pour écrire

Dans trachée, ou ben dans l’oesophage

J’sais pas c’est quoi mais c’est là
Ben profond pis en même temps pas tant qu’ça
C’est juste là
Comme quand un chien vient pis y s’couche
Pourquoi y s’couche là
On sait pas
Mais c’est là
Pis nul part autre

Mbin moi aussi c’est là
Pis nul part autre

C’est comme un grain de beauté
Ya du monde qui pense que le spot où y s’trouve ce ptit point brun-là ça veut dire queq’chose
Mais moi j’suis pas de ce monde là
Un grain d’beauté ça ben la liberté de décidé ou y veut atterrir sans qu’on l’questionne
C’est quand même juste une superficie d’pores
Un camping de cellules

C’est drôle quand même
Quand on y pense, jveux dire
On peut vraiment savoir que ya queq’chose
Mais on peut juste pas le nommer
On sait si c’est positif ou pas
On sait à peu près comment ça nous fait sentir
Mais la source
Pas capable de dire

C’est comme si c’était pogné entre le torse pis l’ventre
Tu sais pas trop
si c’est dans tes poumons
ou ben dans ton estomac

Juste assez d’ambition pour écrire un blog.

Par instants, j’ai le goût d’imiter le foetus.  J’ai le goût d’attirer mes genoux à mon menton, de comprimer mes poignets sur mes mollets, mes bras entassant mes jambes.  J’ai le goût d’être une masse indéfinie.  D’être un tas.  De me comprimer en une plus petite quantité de moi.  Un amas réduit de moi.

Parfois, j’ai l’appel de l’infiniment micro.  D’être un pourcentage que l’on ne prend pas en considération.  Une note loin du seuil de passage.  Un grain de poudre à bébé.  Une maille dans un tissu.  Un galet parmi tant d’autres.

Quelque fois, j’ai soif de me confondre avec la vaisselle amoncelée sur mon faux granite de comptoir.  De jouer à la cachette avec les restes de céréales qui gravitent dans la cavité du stainless.

J’ai le goût d’être une blanche dans une partition de Bach.  Une brisure dans un épi.  Une miette dans un auditorium.  Une virgule dans une tragédie.

D’autres fois, j’ai le goût d’être Jeanne d’Arc, Simone de Beauvoir, Marie Curie, Catherine Deneuve, Oprah Winfrey, Condoleezza Rice.

Son; par Apple.

Ils sont six.  Ils sont dix.  Ils sont des milliers.
Ils sont un troupeau.
Ils sont tous jumeaux.
Ils sont blêmes avec les yeux pochés.

Ils sont las et blafards,
Ils sont vidés et meurtris,
Ils écoutent les rails qui crient,
Ils sont coincés.  De l’espace ils sont avares.

Carnivores des minutes matinales,
Monstres des sous-terrains,
Aveugles et sans fanal :
Il faut gagner son pain avec son train-train quotidien.

Spectres aux oreilles pleines
Ils sont tous reliés par ce qu’elles contiennent,
Par ce fil blanc,
Et ces bouchons déments.

Le Ipod et la cité.
Rite sacré.

La bouche pâteuse

J’ai du tartre sur mes dents.
J’ai les gencives sèches.  La langue âcre.
J’ai la gueule pleine d’aigreur.
Mes lèvres se plissent.  Mes sourcils se hissent.
Mes clavicules épousent l’antipathie.

Aversion instinctive s’applique.

Je suis pétrifiée.

Tu m’énerves; tu m’hérisses; tu me crispes; tu m’exaspères.
Pourquoi tant de tentatives pour une cause morte?  Pour le fondement d’une extinction.  Pour le ressort d’un décès, d’une expiration.

La confiance?
Peut-être.
Cependant, les espérances ont une date d’échéance.
On attend qu’elles croulent.  Et c’est tout.
C’est notre crampon : avoir espoir.

On peut remâcher sa bile.  L’extraire ou la spéculer.
Il arrive néanmoins une occasion où l’on transpire la lucidité.
L’humiliation, l’injustice, l’amertume : c’est révolu.
La fausse humilité, l’acceptation, suit ensuite son cours.
On prend son trou,
On régurgite et,
On digère.

C’est nous

Toi et moi.
Moi et toi.
Avec le temps, on saisit.
Avec le temps, on apprend et on grandit.
Avec le temps,
Toi et moi,
Moi et toi.

Quand va-t-on enfin être périmé?
Nul ne le sait.

Ta bouche me fait trembler.
Tes doigts, tressaillés.
Je suis bien.  Je suis sous l’emprise de tes pupilles.
Même si c’est un jeu de cartes, un jeu de table ou un jeu de billes,
Je suis bien,
Toi et moi,
Moi et toi.

Compliqués
Et corsés ;
C’est nous!

Peu importe les dispositifs,
Peu importe le négativisme,
Peu importe les éléments relatifs,
Peu importe le scepticisme,

C’est nous.
On le refera,
Encore et sans moue,
Avec peur et tracas.

Et probablement que ça nous apparaîtra
Sans contrecoups,
Sans queue de poisson au bout,
Mais on le sentira.

J’ai confiance.
C’est quand même toi et moi.
C’est quand même moi et toi,
Et un un futur, laissé à outrance.

http://www.jeu-aidereference.qc.ca/

On dit que c’est chimique.
On le réfère même aux chamboulements météorologiques.
Coup de foudre.
Un éclair.  Ça fesse.

On dit qu’on a plus de chance de se faire frapper par la foudre que de gagner le million.  Pourtant, c’est dans la même ordre des choses.
La séduction, c’est du poker.
Une mise de départ obligatoire.
Il faut bluffer.  Se préparer à tout gagner.  Et assumer qu’on pourrait tout perdre.
En plus, on doit faire attention.  C’est addictif.
Un amant, c’est le 200$ passé Go.  C’est un bonus, un gain facile.
Le gros lot, c’est pour les chanceux.

Moi, je suis une bonne perdante.  Je suis impliquée donc compétitive, mais, bonne perdante.

Par contre, même si l’important c’est de participer, câlice que ça l’égaie que de gagner.

À nous trois.

Elles sont là.
Elles me suivent pas à pas.
Elles me déchiffrent et me serrent.
Protectrices, comme des mères.

On a ce sentiment d’appartenance
Qu’on ne laisserait tomber même sur la potence.
Fidèles et complices,
Avec ou sans supplices.

Nous sommes mousquetaires
Prêtes à défier pour nos pairs.
Nous sommes, ensemble, Don Quichotte
Prêtes à combattre tous les moulins qui s’y portent.

Inlassablement tissées,
Nous sommes plus puissantes qu’un coffre-fort fermé à clé.
Nous sommes trois, et c’est suffisant.
Pourquoi être plus, si c’est jouissant?

Sorcière à 5 ans.

Je suis une sorcière.
Je suis vicieuse.
Je suis maléfique.
J’ai un chaudron où je cuis des enfants vifs.
J’ai un nez crochu avec plein de verrues.
Je suis perverse.
Je suis hargneuse.
J’ai un balai volant au manche ingrat.
J’ai un chapeau pointu qui écorche les regards disgracieux.
Je glace le sang.
Je terrorise.
Je m’appelle Garance Philippe, et j’ai 20 ans.

Je fais peur.

À ce qu’il paraît, je suis difficile d’approche.
À ce qu’il paraît, je suis bête et inaccessible.
À ce qu’il paraît, je suis d’attaque dans mes propos.
À ce qu’il paraît, je suis cinglante et fermée.

Ma mère a une théorie.
On passe tous par un âge que l’on garde.  Que l’on conserve.  Que l’on empoigne et ne laisse pas tomber.
Ma mère, 57 ans : a 23.
Une de mes meilleures amies , 20 ans : a 16.
Ma tante, 58 ans : a 30.

Ma mère dit que notre comportement, aussi appelé par certains notre personnalité, peut se traduire en un âge mental précis.
Moi, 20 ans : j’ai 5.

On est comment à 5 ans ?  Se rappelle-t-on vraiment ce à quoi l’on aspirait?  Se rappelle-t-on vraiment ce pour quoi on avait des principes?  Si même à l’époque on en avait…  Se rappelle-t-on vraiment ce qui nous faisait frémir ou pleurer?

À cinq ans, on est maladroit.
À cinq ans, on veut l’attention, on parle beaucoup, on se croit plus fort que le monde.
À cinq ans, on est inquiet en zone d’inconnu, on met nos parents sur un piédestal, on chigne quand on n’a pas ce que l’on veut.
À cinq ans, on dit vraiment ce qu’on pense, on ne conçoit pas les conséquences de nos actes, on est ludique.


Avoir cinq ans, et agir propre à notre âge, c’est normal.
Avoir vingt ans, et agir propre à un enfant de cinq ans, on est une sorcière.

Et pourtant.

Nous sommes une batterie AA.
Tu es le plus.  Je suis le moins.
Nous sommes opposés dans nos composantes fondamentales.
Contrastés.  Différents.
Incompatibles.
Divergents.
Et pourtant…!
Une pile ne peut fonctionner sans son ennemi.
Sans son adverse.  Sans son contraire.

Dans mon code génétique, tu es là.
Mon ADN scande ton nom.
Par gage. Ou par punition.

Mon pouls est régi par ta présence.

Dans tes bras je suis souveraine.
Je suis une majesté.
Je suis, et pour toujours : tienne.
Dans tes bras je suis immuable.
Je suis perpétuelle.
Je suis l’incroyable Hulk.
Dans tes bras je suis opulente.
Je suis douce.
Je suis duchesse.
Dans tes bras je suis astronaute.
Je suis scientifique.
Je suis conquérante.

Et pourtant…!
Quand je ne le suis pas, je suis soumise.
Je suis méconnaissable.
Je suis soucieuse.
Quand je ne le suis pas, je suis une ombre.
Je suis vacante.
Je suis creuse.

Nous sommes discrodants.
Rivaux.
Inconciliables.

Nous sommes une batterie AA pognée dans un vieux walkman.
Pas capable d’évoluer.

Et pourtant.

«I’m dreaming of a white Christmas»

Ça se travaille tranquillement.
C’est cyclique.
Chaque année.
La canicule s’étouffe.  Les degrés sont en décroissance.
Les cuisses se camouflent peu à peu.
Les sandales se préparent à hiberner.
Les feuilles brûlent et enduisent l’asphalte.
On dirait du crémage sur les trottoirs.
Ça craque. Ça grésille sous les semelles.
On piétine des chips de feuillus.
Les végétaux se passent ensuite le mot.  Il est temps d’être exhibitionniste.
On se réapproprie les frissons.
On réapprend à grelotter.
Le pouce se fait mettre à l’écart, et les doigts s’agglutinent sous les moufles.
Et un bon matin, ça y est.
Le monde est stone.
Le monde est gelé.
Il y a de la coke au sol.