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Un journal pas intime

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Rendus là.

Sucette, poussette, lingette.
Pas de sushi.
Pas de viandes froides.
Vite! Vite! L’acide folique.
Pas d’alcool.
Pas de peinture.
Il ou elle?
Ah non. Pas de catégorisation.
Oui mais…
Bleu ou rose?
Jaune.
Ou vert.
Oui mais…
Ah ok : c’est un go pour le genre.
ROSE! BLEU!
Échographies et cours prénataux.
Yoga mais pas de ski.
Smoothies au beurre de peanut.
Attention aux gras trans.
À 15 semaines, c’est gros comme une pêche.
16; une poire.
17 ; un avocat.
Et t’accouche d’une pastèque.
Une grosse criss de pastèque gluante.
Mamelons gercés. Nuits blanches. Plats congelés.
Ah non. Pas de plats congelés.
Trop de X pas assez de Y.
Cernes et téléphone en mode avion.
Un peu hypocondriaque par-ci, un peu hypocondriaque par-là:
Fuck, il tousse. Fuck. Il pète.
Ah! Fiouf! Il rote.
Couches réutilisables.
Plein de caca partout.
Le bain, le lit, le char, le sofa sentent le caca.
Mais y’es-tu donc cute.
Le bébé.
LE bébé.
La vie pendant ta vie.
La vie après ta vie.
Congé parental et cicatrices vaginales.
Vergetures et nouveaux bonheurs.
Pablum et pompe à lait.
Biberon pas trop chaud, pas trop froid.
S’il vous plait.

Pow-pow miaw.

Ce soir n’est pas comme tous les autres soirs.
Ce soir, j’ai peur que mon chat meure.
Pas une peur irrationnelle et non fondée.
Une vraie crainte. Une hantise même.
Sentie, ressentie.

J’étais fatiguée et ne le suis plus.
Je sais toutefois qu’à un moment, je devrai sombrer.
J’éprouve désormais du dégout envers Morphée.

Je n’aime pas vivre à la ville.
Car dans la métropole, on ne peut pas enterrer son chat.
Où bon nous semble.

Devrais-je l’enrouler? La congeler? Pour l’apporter?
Ma petite bête.

Elle meurt et c’est le tiers de ma vie de colocation qui disparaitrait.
Comme si ça n’avait jamais existé.
En un moment, en quelques convulsions.

Si docile et bienveillante, elle ne me dira rien.
Elle attendra que je ne la voie pas pour s’exécuter.

Si elle pouvait, en guise d’adieux, elle m’écrirait une lettre d’amour.
Un poème, un roman.
Une trilogie.

Mais je ne trouverai, à la lumière d’un jour qu’on se souvient pour toutes les mauvaises raisons, que quelques croquettes à mi mâché et des poils sur mes chandails.

Blessée par une insolente justice, je me frayerai un chemin vers le bois.
Avec des yeux de junky, ayant braillé d’avoir réalisé trop tard l’absurdité de préparer la cage.
Le plus solitaire 200km: unique du cortège funèbre.

Twinkle, twinkle, little star,
Une étoile dans une casserole.
Up above the world so high,
Caramel de rêves brûlé.
Twinkle, twinkle, little star,
Toutes les ampoules sont fanées.

¢/L

Fais-moi un BBQ dans la boîte de ton pick-up.
Ouvre-moi la porte de ton camion.
Laisse-moi être ta copilote.

On ira gazer ensemble.
Et je laverai tes vitres.

Tu viendras me surprendre avec un bec dans le cou.
Entre le diésel et le parfait bonheur.

Rois mages

Jeux de société et Prosecco. Ça fume, même pas la hotte de poêle à on.
Hot-box de peines et de misères. On se fait des plombs de CO2.
Plaie ouverte, mes chers y versent du vinaigre à gorge déployée de Martini et de filet mignon alors qu’à l’étable, le bœuf, l’âne, et les moutons jouent au strip-poker avec la Vierge.
All in en l’honneur du Christ.

Samedi soir

Random Recipe et Vodka soda : je récure le bol.
Le CLR semble dérober la cuve de son passé.
Te revoilà, glorieuse porcelaine.

Je ne me soucie pas d’un Noël blanc : je pense aux bernaches que j’ai vues en début de semaine.
Je n’avais pas encore pensé aux oiseaux.
Lundi, trois hordes sont passées. De grands V asymétriques et bruyants.
Certes, ils resteraient au froid sans lacs gelés…
Mais l’appel du Sud se fait – enfin, rassurant 0°.
Direction Floride, forfait tout inclus.

La dame derrière le comptoir de la Pataterie, elle, chiale l’hiver.
Les ‘madames’ qui travaillent la patate ne pensent pas aux bernaches.
Elles les nourrissent de leurs frites.

C’est à cause d’elles qu’on voit, parfois, une traînée, derrière les V.
De l’huile à friteuse qui brûle à coup de battements d’ailes.
De l’huile à moteur.
«Check enginge» qui s’allume et flash dans le ciel.
Les naïfs croiront que c’est Rudolph.

Life is what happens to you while you’re busy making other plans

Apparemment, ce serait John Lennon qui aurait été le premier à le mettre en mots ainsi. De «Imagine» au marketing, c’est devenu des signets. Et des cartes postales. Et des pages couvertures de la section self-help.

Je l’étais, busy.
Et, oui. La vie s’est passée.
La grosse vie.
À la fois imparfaite et délicate.
Rapide et grossièrement désarmante.
Stimulante, chienne et complice.

Mais on fait comment, John, quand la vie frappe PAUSE ?
Quand tout s’immobilise, et qu’on dort, des semaines de siestes;
Quand tout fige et devient si clair que c’est flou;
Quand on se retrouve muselé et pauvre;
Disponible, mais hermétique.
On fait comment, John, pour que la vie se passe?

«On fait son lit, tous les jours», dirait mon père.

Comme quoi le bed-in…

SCÈNE 5

Aujourd’hui.

Rudsak recycle désormais la fourrure et le cuir des rennes pour en faire des sacoches et des mitaines;

L’étoile du berger explose et rejoint Pluton aux oubliettes;

Le réchauffement climatique a atteint le Pôle Nord. La fonte des calottes glaciaires transforme l’océan Arctique en bassin de gadoue où les ours blancs, les renards polaires et les phoques se suicident;

Michael Bubblé meurt d’un violent ACV;

Télé-Québec est en lock-out et ne diffuse plus aucun ciné-cadeau.

 

Je veux jouer avec des chevaux et héberger un chien Mira.
Je serais l’apprentie de Jane Goodall afin d’apprendre des gorilles.
J’aimerais ériger des forêts de bambous à offrir aux pandas.
Revoir mes éléphants et refaire partie de la famille.
Apprivoiser le tigre et brosser l’agneau.
Tirer la vache et plaisanter avec les hyènes.

Je suis constamment atterrée de ne pas être Mowgli.
Que Le Livre de la Jungle ne soit pas ma biographie.