Arvisais.

par GP

Je suis assise sur mon balcon.  J’ai les bleus.  Je compose tant bien que mal le numéro de téléphone de ma mère.  La boîte vocale embarque.  Elle n’embarque pratiquement jamais.  Je contacte alors mon père.  Il est avec des clients.  Indisponible.  Je suis assise sur mon balcon et j’ai les bleus.  Le transcontinental prend à ce moment-là tout son sens.  Je fouille et déniche le contact.  Décimales et numéros hétéroclites s’embrassent pour former les dix chiffres clés.  Je les compose précédés d’un code régional que je juge.

Il est pour moi 18h15.  Pour elle, 12h15 (am).

Elle décroche.  Je l’entends rire.  J’entends derrière les échos de ses nouvelles occupations.  De sa nouvelle vie. J’entends elle.

Je l’ai connue trois mois avant qu’elle parte étudier à l’étranger.  Avant maintenant, je ne lui avais pas parlé depuis huit mois.  Elle à Aix, moi sur Christophe-Colomb, ce soir, nous étions encore une fois liées.  Nous étions à nouveau bras dessus, bras dessous.

Entre nous, c’est le genre de relation inexplicable.  On s’est présenté, on a philosophé, on a fumé ses Benson & Hedges, on a dansé.  On a connecté.

Sa voix était comme hier.  Ces réflexions justes, sensibles, douces, exactes, fermes.  Son réconfort était impartial.  Présent.  Là.

Nous avons raccroché, quarante-cinq minutes plus tard.

Ces dans ces moments impromptus que je réalise que l’amitié s’installe entre les frontières et la chemise.  Les affinités ne se perdent pas.  Même emprisonnées, elles subsistent.

Il est pour moi 19h25.  Pour elle, 1h25 (am).  Je caresse enfin la soirée, rassurée qu’il y a du bien.  Qu’il y a du bonheur.  Qu’il y a des complices qui défient les douanes et les décalages horaires.

Arvisais, te voici un bref hommage.  Je t’embrasse.