«J’aurais dû ben dû donc dû farmer ma grand’yeule» – Le Chant Du Bum, Richard Desjardins

par GP

UQAM. Programme 7604.  Cours EST420B : exercice public.
Il y a plusieurs semaines, un exercice nous a été proposé par notre enseignant en vue de la journée internationale du théâtre ayant lieu, cette année, le 27 mars.  Nous pigions tour à tour dans un chapeau le nom d’un ou d’une camarade de classe.  Nous devions par la suite, en nous assurant de garder l’anonymat, proposer à notre candidat(e) une courte performance qui le ou la fait sortir de sa zone de confort.  Un genre de formule de défi.  L’exercice n’a pas eu lieu suite aux divers incidents et répercussions de la grève.

Mercredi dernier, je suis allée trinquer avec quelques bonnes connaissances de mon programme.  Les lentilles teintées s’accostaient entre les yeux, l’houblon roux caressait notre œsophage alors que les cigarettes se faisaient griller les unes après les autres.

Sophie T.D. : 5”7, ±115 livres, cheveux courts cendrés, 20 ans et en crise d’adolescence. Elle me dit : «Garance, je sais ce que je t’aurais fait faire si je t’avais pigé.  Je t’aurais fait taire.  Cinq minutes à tenir ta langue, là, devant la classe.  Dans la lumière, sans barrière.  Habillée et complètement nue à la fois.»

La parole est pour moi un outil facile.  J’étreins la déclamation. Je l’utilise comme camouflage.  C’est mon fard.  Il couvre mes faiblesses et bourre la sourdine.  C’est en fait quand je me tais, que je suis sans défense.  Les mots bâillonnés me laissent à découvert.  L’illusion proposée par un discours voile mon impuissance.

Me museler, c’est me présenter.  Débiter, c’est me déguiser.
À faire : Opérer un mutisme.

Il est dit que l’action est plus forte que la parole.  Le poids d’une conduite transcende le volume d’un lexique.

Cela dit, si je ne nourris pas le dialogue avec vous, ne soyez pas offusqués.  Je ne suis pas de mauvaise foi.  Je vous offre mes non-dits en hors-d’oeuvre de ma fragilité.