Article recyclé étant refusé par une revue littéraire

par GP

7h15 :  Air agressant.
Snooze 1 : L’hostilité typique au chant du coq m’amène à percuter l’objet destiné à me réveiller.  Je me retourne.  Je fais l’étoile.
Snooze 2 : Sortant brusquement mais pas complètement de mon sommeil, ce matin-là cousin du coma, je révise mentalement ce que j’ai à faire. «J’ai amplement le temps.»  Voilà, je reprogramme l’alarme.
Snooze 3 : Un sentiment de culpabilité m’envahit.  Je pense à une excuse valable :
carpe diem.  «Parfait.»  Je fais la cuillère avec ma douillette.
Snooze 4 : Calcul mathématique des aiguilles du réveil faussé par la chassie.
7h45 : «Fuck.»

Pied gauche frappe le sol suivi de son acolyte.  Assise sur le cadre de mon lit, je soupire et je m’efforce.  Je suis debout.  Titubant sous la charge de la verticalité, j’emboite le pas maladroit du matin.  Automatismes du quotidien s’enchaînent : je vacille le long du couloir, agrippe la rampe, et descend inhabilement l’escalier.  Le comptoir de la cuisine m’accueille,  et le tabouret m’applaudit d’y être arrivée.  Haltes à l’armoire et au micro-ondes avant de m’installer café en main.  Stable et fessier coller au cuir, je suis accoudée au bar des lèves-tôt.  Rituel caféine et nicotine.  En moyenne une gorgée et deux puffs la minute.  Je fixe les électroménagers et au moment où la post-aube me semble vivable,  l’ensemble des chiffres verts grippés du four me rappellent à l’ordre : à la douche.  Je me déshabille et mes poils font les soldats, dressés à cause de la fraîcheur de la pièce.  J’entre et simultanément l’eau disloque ma peau.  Le gel et le shampoing menacent mes pores abrutis.  Averses diluviennes finies, la serviette m’enrobe et annonce la concrétisation de mon éveil.  Je dévale vers ma chambre, prends trop de temps à finalement choisir ce qui me vêtira, galope vers le séchoir et encastre les divers éléments de ma routine.  J’arrive finalement à être réciproque avec l’assiduité de Greenwich, il est 8h30 et je suis prête.  Je défonce la porte, parcours un itinéraire concis et y arrive.  Je monte à bord tout en précisant la destination.  L’homme au volant me regarde.  On se sourit.  Le soleil est là et s’allonge sur ce qu’il peut trouver.  L’engin gronde et rote.  La ceinture de sécurité s’enlace autour de moi, sablant ma clavicule et faisant la moue sur mon bas ventre.  Je trône au siège passager.  La banquette arrière me donne toujours l’impression de manquer quelque chose.   Les cadrans s’activent.  Les aiguilles tanguent.  Le GPS se donne raison d’être.  Le compteur débute son avarice et affiche les cents.  Mise de départ : 150$.  Il semble y avoir du trafic sur la bande publique, les voix s’enchaînent.  Les ondes se coupent.  L’hautparleur tousse un flux de consignes disparates mais à la fois assorties.  Le conducteur radote des modalités, s’y succède rapidement des tactiques directionnelles en jargon du métier.  Il fait tiède.  Tiède comme quand on a les mains un peu moites.  Tiède comme en dessous des genoux l’été.  Tiède comme un pain aux bananes après cinquante minutes de sa sortie du four.  Tiède, c’est tout.  En plus, ça sent le renfermé.  Timidement, mais quand même.  Ça sent le dépanneur chinois mélangé avec un magasin de meubles.  J’ouvre la fenêtre.  Juste un peu.  La fissure entre l’habillage de l’appareil et la vitre laisse entrer du vent.  Le vent aussi est moite.  Toutefois il est froid.  Frais du moins.  Ça me fait bâiller.  Cause-conséquence : mes tympans se décontractent et mes oreilles débouchent.   Il est 9h et vingt kilomètres ont déjà été parcourus.  4,977$/litre/km.  Nous sommes à quatre milles pieds du sol.

Papa : Golf (tiret) Alpha-Wisky-Romeo-November en direction sud vers Orford.
Fille : Nous sommes juste à Orford ?
Papa : Je te l’ai déjà dit ma chouette, l’avion est un moyen de transport rapide pour les gens pas pressé.