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Un journal pas intime

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Fuck you le pouce.

C’était la première fois depuis longtemps que j’avais envie de te faire mal.

Tu m’avais dis «on s’voit-tu».
J’tais pas sure.
Tu m’avais convaincue,
À coup de «t’es belle, j’ai envie d’toi».

De cogner vigoureusement ton front contre un meuble. De t’infliger un coup de coude sur la tempe. De tirer tes cheveux jusqu’à exposer ta joue à ma gifle.

Le sexe-date était lancé.
Lundi de Pâques.
Merci Ô Christ pour le congé.

De t’faire une jambette qui péterait tes palettes.

Cinq heures après l’avis de ton Vu,
J’pourrissais encore tel ton compost au soleil.

J’me lance : bonhomme triste et point d’interrogation.

Fourre-toi-le où je pense, ton gros thumbs up bleu.

Comme un vieux Voltaire qui recueille de la poussière,
Une femme solitaire.
Bibliothèque amère qui ne sert.
Dorénavant qu’un ornement justificatif.
«Regardez, invités, tous ces livres eurent été lus.»
Les reliures traînassent comme de vieux paons.
Plumes obsolètes.
Pauvres poètes.
Chaste femmelette.

Page blanche émotive.
Nature morte en pm.

Ton manteau en feutre noir épousait tes épaules.
Tétris parfait emboité à ta nuque.
Tu t’étais posté sur le balcon avant.
Malgré la pluie.
Cigarette inversée au creux de ta paume.
T’avais l’art de fumer entre les gouttes.
Celles-ci formaient des bulbes de vitres sur tes omoplates.

J’avais froid.
J’étais restée au lit.
Assise, le drap hissé aux aisselles.
Par la fenêtre, je te contemplais exhaler par le nez.
Comme un dragon.

Et tel le reptile, tu avais le sang froid.

A Stevie Wonder kind of french kiss

Intensité et douceur rassemblés.
Frissons. Complicité éphémère.
Chair de poule.
Mains baladeuses.

Dur dur dur.
Miam.

Ta graine dans ma bouche, mon cœur sur ta main.
Oo baby, here I am.
Signed, sealed, delivered : I’m yours.

Ghostbuster

Tu es le miroir le plus cruel qu’on m’ait tendu.
Une torture déguisée en opportunité.
Tu fais quoi, là, fantôme?
N’as-tu rien d’autre à faire? Personne d’autre à hanter?
J’aurais cru avoir servi ma peine, à un dernier repas près.

Il fait (enfin) soleil.
De la musique à banjo résonne au travers le moustiquaire sale de la fenêtre avant. Des rayons se font absorber par le poil de mon chat.
Je bois du vin dans une tasse alors que j’écoute distraitement les paroles de chansons choisies méticuleusement pour concorder avec mon mood : «Wrong way going on a one way road»
One way qui s’apparente au cul-de-sac.

C’est dans de pareils moments que j’aimerais avoir foi.
Croire en Dieu.
En quelque chose du genre.
Lever mes yeux au ciel pour y chercher autre chose que des nuages.
Blâmer une instance plus grande que moi.
Me déresponsabiliser et jurer contre un concept abstrait sous prétexte de pouvoir me repentir peu de temps après.

J’écoute du Cat Stevens et j’espère pleurer.
Mais rien se passe.
Des yeux secs pleins de ressentiments.

Cet été indien

Tels une toune des Sœurs Boulay,
Les doigts mêlés sur l’appui-bras de ta Mazda.
Plongés dans une quiétude bourrée d’harmonie.
Faisait beau. Faisait bon.
Passeports dans le coffre à gants.
Désir de cocon et d’évasion.
Road trip aux airs de Dolly Parton et Joe Walsh.
Tu m’amenais manger une crème glacée.
Et la devise US était en notre faveur.

HOCHELAGA MON AMOUR

J’habite dans un bateau de pirates où les chats de ruelles remplacent les perroquets. Où le monde parle comme de vieux marins qui en ont vu d’autres. Les fauteuils motorisés substituent les jambes de bois. La chasse au trésor se fait dans les friperies. Et moi, j’ai l’honneur de faire partie de cet équipage, avec mes tattoos et mon lexique de jurons salés.

Avant d’habiter le quartier, on me parlait de Hochelaga à coup de clichés et de stéréotypes. Au début, ça me faisait peur, comme si j’allais habiter dans une bande dessinée pleine de clopes et de loteries.

À la première visite de mon futur appartement, l’homme à tout faire du triplex et moi discutions. J’habitais alors Villeray: nid douillet où se côtoient gérontologie, start-up familial, et étudiants. Marchettes; poussettes; et Uqamiens en dettes. Surpris que je quitte ce quartier pour m’installer dans celui-ci, il me dit tout bonnement et plein d’une candide franchise : «Ah? Tu connais pas Hochelag’… C’est pas aussi pire qu’on dit. C’est pas pire pantoute, même. C’est bin safe dans c’te boute citte.» pausant un instant. «Mais va jamais passé Ste-Catherine. Ok? Tu m’as compris? La nuit, le jour, n’importe quand. Dépasse pas Ste-Cath ‘tu seule.» Mitigée, et pas tant rassurée, «je verrai bien par moi-même» me dis-je.

À peine emménagée, je suis allée faire des emplettes au Jean-Coutu d’Ontario. Alors que je regardais et comparais les petits bidules de plastique de soie dentaire individuelle, une dame m’accoste et me fait savoir : «Eille belle fille. Achète pas ça ici. 3,49$, c’est du vol. Y’a la même affaire à une piastre au Dollo d’à côté.» Ah, bin merci madame. «Fait plaisir, chère» et elle poursuivit son chemin dans les allées.

C’est là que j’ai compris.
Que c’est ça, ‘Chlag.
Simple. Vrai. Généreux.

À la base, je viens d’un tout petit patelin en campagne. Hochelaga me fait penser à ces villages. On se parle comme si on était des chums de longue date même si on ne se connaît pas. On s’entraide. On se fait du bien, entre étrangers. On peut aller au dépanneur en pyjama, sans avoir peur d’être happé par le jugement d’autrui. Parce qu’à Hochelag’ l’attitude générale qui règne est «qu’on chie tous par le même trou». Pas de pires. Pas de meilleurs. On a tous nos mœurs, nos manies, nos bibittes et, disons-le, on est tous un peu fuckés à notre manière. C’est un environnement franchement rassurant. Sécurisant, comme en famille.

Aujourd’hui, mes voisins et moi, on se passe d’la farine. En plus, on se fait goûter les plats cuisinés. On partage les bacs de compost. On déblaye le balcon de l’autre. Ça peut paraître banal, mais c’est précieux.

Je ne pensais pas pouvoir retrouver ce genre d’impression de collectivité au sein d’une grande métropole. Une communauté fière partageant un semblable sentiment d’appartenance à son adresse. Montréal, c’est pas ma ville. Mais Hochelag’, c’est MON quartier.

Coude à coude < dos à dos

Tu m’tenais toujours la main.
Tu m’faisais fumer des clopes.
Pis mentir que non-pour-vrai-je-fume-pas.
On s’écrivait des lettres l’été.
Pis on dansait l’hiver.
On encombrait les lignes téléphoniques résidentielles.
Bla bla bli. Bla bla bla.
Patati. Patata.
T’étais mon ancre, ma moitié.
Même pas ma demie : mon trois quarts.
Tu sentais l’eau de toilette Fruits & Passion.
On s’est teint les cheveux ensemble.
J’ai même fait l’amour, une fois, à côté de toi.
Pis t’étais assez fine pour dire que tu «dormais vraiment».
On s’faisait des surprises juste pour empocher le sourire de l’autre.
On prenait soin de nous.
De notre robuste duo quoiqu’improbable.
J’savais où étaient tes grains de beauté.
J’aurais pu les répliquer, yeux fermés.
Je savais comment ta peau bronze, et quels toppings de pizza commander.

Je sais pas il s’est creusé quand le fossé.
Je sais pas il s’est creusé où, ce fossé.

J’pourrais pu te l’préparer, ton café.
Je sais même pu ce que t’écoutes comme musique.
Ou quelle grandeur de souliers.
On s’raconte pu de potins, on discute.
On se tient à jour.
Comme chez l’médecin d’famille.

Je sais pareille que coûte que coûte, on serait là.
Si y’avait de quoi.
De gros. De lourd. De majeur.
Mais j’sais pu c’que tu manges dans tes journées.
Et on se l’disait, ça, avant.
Déjà que quand on se voit aujourd’hui on s’reconnaît moins, si on avait à se rencontrer demain, on s’aimerait probablement même pas.
Tu me trouverais loud pis j’te trouverais péteuse.

Quant à moi, c’est aussi plate qu’irréversible.

Mais j’t’aime. Pareille…

 

Ce qu’on oublie, c’est que dans un bois encore intouché par le vice et les caprices des hommes; où s’érigent de grands bouquets de forêts ayant réussi à rester verts et forts; où les chasseurs n’existent plus et l’eau de source coule abondamment dans tous les ruisseaux; où la perdrix et le lapin s’entraident; où le hibou avertit la cigale de n’être aussi bête qu’à la saison précédente; où les conifères protègent les feuillus; où le chien est devenu loup; où la loi du plus fort s’exerce en s’excusant; Bambi a eu des enfants. Et ses enfants ont eu des enfants.

Métro© et moi

L’épicerie est pour moi un des lieux les plus rassurants sur Terre.
Quand le trop-plein de fait ressentir, je vais faire des emplettes.
Anxieuse; déprimée.
Quand j’ai les bleus.
Ou les rouges.
Quand je me sens seule, ou impuissante.
Un paquet un waffles et du hummus pour panser les bobos.
Bifteck de palette pour les passes plus rough.

Comme si, un fridge plein, c’est un pas de plus vers la rémission.
Tout est et sera ok si y’en a assez.

Je suis peut-être hyperphagique.
Je suis peut-être ½ italienne.
Ou haïtienne.
Mangiare! Mangiare!
Manje! Manje!

Comme si je faisais le plein en cas de.
Getting ready for the storm.
Viendrez-vous souper.