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Un journal pas intime

Ils avaient été 7

Il est 9h12.  Pour être plus exact, il est en fait 21h12.  Parce que dire 9h12 sans préciser si c’est l’avant ou l’après-midi ça peut causer confusion.

Jacques est dans la cuisine et prépare de l’hirondelle sautée.
Fany est dans le loby et enlève ses bottes.
Mireille est dans le salon et boit son scotch.
Christian est dans la salle de bain et se rase.
Albert est dans le sous-sol et se dit dans la cave à vin.
Mlle Béatrice est dans la chambre des maîtres et crie.

Jacques a mis des épices sur l’hirondelle.  Ça fait ressortir les jus de l’oiseau.
Fany mets des bottes même en été.
Mireille croit que c’est du scotch mais c’est du whisky.
Christian trouve que les rasoirs de femmes vont mieux sur les courbes de son visage.
Albert a arrêter de fumer il y a 3 mois.  Il fume donc en cachette.
Mlle Bétrice a peur des araignées.

Nous sommes dans un manoir puisque toutes les grandes histoires se passent dans l’habitation d’un seigneur.  Une histoire épique perd son sens si elle se déroule dans un appartement, quoique les chevaliers résident bien plus souvent qu’autrement dans des maisons à logements.

Fany, pieds nus, rejoint Jacques.

Fany : Le four doit être à 400°.
Jacques : Je suis super superstitieux.
Fany : Alors mets le à 375°.
Jacques : D’accord.

Christian, qui sent la rose, rejoint Mireille.

Christian : C’est Mozart ?
Mireille : Non.
Christian : Beethoven?
Mireille : Non.
Christian : Ah! Il n’y a donc pas de musique qui joue.
Mireille : Non.

Albert, cendré, rejoint Mlle Béatrice.


Mlle Béatrice : Je vous aime Albert.
Albert : Je vous aime plus.
Mlle Béatrice : Ah! Je, vous aime plus.
Albert : Ah! Je, vous, aime plus.
Mlle Béatrice : Ah la la!  Je, vous, aime, plus.
Albert : Votre persistance m’a convaincu.

Il était maintenant 9h15. Pour être plus exact, il était en fait 21h15.  Parce que dire 9h15 sans préciser si c’est l’avant ou l’après-midi ça peut causer confusion.

Yé. Pas de bébé.

Fais l’amour.

Ne baise pas.
Ne fourre pas.
Fais l’amour.

Dévêtis toi.  Dévêtis-le.
Embrasse-le,
et laisse-toi embraser.
Rends-toi vulnérable.
Sois fragile, désarmée, impuissante.

Héberge ses paumes sur tes pores.
Transpire pour lui.
Prends son odeur en otage.
Éprouve-le.
Apprivoise son rythme.
Happe ses fesses.
Croque son épaule.
Rase ses os.
Étreins son torse.
Ressens ses muscles.
Enlace ses spasmes.
Avale ses sons.
Obéit ses élans.
Dompte ses cambrures.
Grafigne ses vertèbres.
Écoute son anatomie.
Dessine son bassin.
Serpente ses jointures.
Emprisonne ses orteils.
Talonne son souffle.

Venez.
Fais-le venir.  Et viens.

Encage ce souvenir.
Attends un mois.

Aie peur.
Médite sur ton âge, ton mode de vie, ta situation financière.
Raisonne ton pouls.
Estime.  Encaisse.
Aie peur.
Aie peur.  Et un peu plus peur.
De toute façon, elle va émaner toute seule.
Puis, va à la pharmacie.
Dépense vingt dollars.
p.s un test de grossesse, ça donne des points optimums.

Reviens chez toi.
Dors mal.
Parce qu’à ce qu’il paraît l’urine du matin est mieux.
Réveille-toi fripée,
Va pisser.
Et attends.

Attends une minute.
Attends cette minute.

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60 secondes.

Sourit.
Soupir.
Et ressens toute cette joie que de ne pas avoir de foetus qui grandit en toi.

Pourrie d’amour

J’ai été abusivement choyée.  J’ai été dorlotée. Comblé.  Chouchouté. Gâté.
J’ai les meilleurs parents du monde.
Je n’userai ni d’humilité, ni de modestie.
Je le gueulerais.  Je le vomirais.  Je le dessinerais.  Je l’aboierais.
J’ai les meilleurs parents du monde.
C’est un fait.
Et c’est tout.

Je me suis fait chanter «Les roses de Picardie».
Je me suis fait bercer dans le dévouement.
Je suis suis fais emmitoufler dans l’affection.

J’ai fait tellement de conneries.  J’ai fait des idioties irréversibles.  De creuses erreurs.
Et jamais, ils m’ont tourné le dos.  Ils m’ont affrontée, ils m’ont chérie, ils m’ont cultivée.
Ils ne m’ont jamais abandonnée.
Jamais.

Ma mère me glissait au creux du coeur, dans de petits moments plus sombres:
« You are my sunshine, my only sunshine
You make me happy when skies are gray
You’ll never know dear, how much I love you
Please don’t take my sunshine away»

Le soleil est une image trop utilisée.  Aliénée.
Mais pensons-y : le soleil.  C’est quand même ce qui constitue la source principale de lumière à la Terre.  C’est quand même une fucking grosse étoile assez importante à notre constitution.

Et je suis le sien.

Combien d’astres de la sorte composent votre existence?
Pour ma part, c’est un chiffre en décroissance.
C’est infirme.  Minime.  Dérisoire.

J’ai les meilleurs parents du monde.
Mon père est plus fort que le tien.
Ma mère aussi.

C’est un fait.
Et c’est tout.

Conditionnel présent : si j’étais une itinérante je…

«Spare change please»

Y fait treize  Mais ya du vent
Treize avec du vent, c’est comme un dix degré à l’ombre
Mais là, ya du vent
Au moins y fait soleil.

Yé onze heure
J’viens d’manger un bagel
Ça faisait longtemps.

Yavait pu beurre par exemple
C’est sec un bagel avec rien
Spa comme une toast, c’est plus épais
Ça plus tendance à sec quand ya plus de pain
Mais c’tait bon quand même parce qui restait dla confiture.
Au moins.

Sur l’asphalte ya des ptites roches
On dirait que ça forme la face de quelqu’un de connu
Avec les plis pis les rides du béton
Ça m’fais penser aux mains de ma mère
J’me d’mande qu’est-ce qu’à fait.

«Spare change please»

J’ai envie d’faire l’amour
J’ai tout l’temps envie d’faire l’amour quand j’peux pas
Pis quand j’peux, c’est moins l’fun on dirait
C’est ben l’fun la, mais, on dirait moins que quand j’peux pas.

La seule affaire qui m’manque ici
C’est un livre, ou quekchose
Une télé dans rue c’est weird
Fake s’pour ça j’dis un livre
Juste dequoi pour me distraire
J’ai faite le tour de scruter l’monde.

«Spare change please»

Messemble que j’connais la toune qui joue dans l’char qui attend le vert dla lumière
Même si s’t’en anglais jcomprends les paroles
Mais l’tempo est meilleur que les paroles
J’tapperais ben du pieds mais sont trop plein d’fourmis.

Faut j’me trouve une meilleure technique
Pas un meilleur spot
Non, ici c’est bon, ya ben du monde
Juste un meilleur arrangement
Ça fait mal à longue être assis en indien.

J’sens pu mes os d’fesse
J’sais pas si sta cause du poids d’mon corps
Ou à cause qui fait treize
J’sens pu mes os, ok, mais ma chair de cul a frette.

«Spare change please»

En ce moment au Pérou
mettons qu’on dit dans capitale
Y fait vingt-quatre
Vingt-quatre degré avec pas d’vent, pis du soleil.
Mais ici, y fait treize pis ya du vent

«Spare change please»

(sans titre : non intitulé.)

C’est soit que je suis le moule parfait à tes cuisses.
Ou bien, une mouche dans tes frites.
C’est soit que je suis l’amour de ta vie,
Ou une perruque sur ta soupe.
Tout le temps.
Tout le temps.
Tout le temps.
Jamais d’entre-deux.
Jamais de baiser coquin.
Jamais de désir pas incertain.
Calice.
De calice.
De calice.
Pas grave.
Au moins, j’apprends.
Tu m’enrichis.
J’vais devenir super sage un jour.
Et j’pourrai dire que tu m’y as aidée.
Un jour, je le sais,
Je me ferai caresser,
Sans le demander.
Je me ferai vouvoyer au lit,
Et on me donnera une marguerite par jour.
Je pèlerai les pétales, et ce sera que du je t’aime.
Je te posterai la tige,
Vide et nue,
Aride et isolée.
Souvenir de moi, dans tes draps.

Nous quatre, et Paris.

On pensait jamais bien voyager ensemble.  On est tellement différentes.

Encore aujourd’hui je ne peux pas totalement en saisir l’essence.
J’imagine que c’est juste quelque chose qui arrive.
Comme quand il neige et que tu marches dans la rue, et que pour une raison anonyme, il y a un flocon qui se pose dans ta bouche.

On s’était donné rendez-vous à Paris.

Dans un texte, comme ça, sur un blogue, «se donner rendez-vous à Paris» ça se mêle aux autres phrases sans qu’on y porte une attention particulière.  Mais dans la vraie vie, avec tes meilleures amies, «se donner rendez-vous à Paris» c’est plus qu’un évènement en soi.

Ça commencé avec du retard dans les avions.
Ça commencé avec presque 20h dans les machines volantes et les aéroports.
Ça commencé avec un appartement qui m’était prêté, dans un petit quartier de banlieue.
Ça finalement vraiment commencé, avec un miaulement de l’autre côté de la porte, et une bouteille de champagne qu’on a bue dans des tasses.

Après ça,
On était réunies.
Quatre.
Nous quatre :
À Paris.

Donc on fait ce qu’il y a à faire.
On module notre accent, et on trouve ça drôle.
On prend trop de photos, on squatte les musées, les statues.
On boit du vin à 2 euros sous les grandes pattes de la tour Eiffel.
On mange du confit, des croissants, et de la baguette.

Après Pigalle, on croise le Café des Deux Moulins.
Foire des péripéties cinématographiques d’Amélie Poulain.
On enjambe les pierres presque poncées des rues menant à Montmartre dans les petites collines abruptes que sont les rues y
conduisant.
On rit.
On est bien.
On est plus que bien
On est à Paris.

Nous sommes presque arrivées au point culminant de la butte aux artistes qu’on entend du Piaf.
On entend du crin grinçant sur des cordes.
On se regarde plus complice que possible.
On arrive.  Enfin.  Même pas essoufflée.

Un bonhomme est assis sur une petite caisse.
Sur son ampli.
Il a des lunettes rondes, et un dynamisme invitant.
Il est charismatique et humble.
Il ferme les yeux sous ses verres sphériques et happe son archet de passion, de sensualité, de ferveur.
Il déchaîne du Trenet.  La mer.

Encore aujourd’hui je ne peux pas totalement en saisir l’essence.
J’imagine que c’est juste quelque chose qui arrive.

On s’assoit.  Sans se consulter, le vote était unanime.
On s’imbibe.
Comme une éponge qui gobe.
Comme une étampe qui subit.

On était les quatre, à Paris.
Et après, on était les cinq, à Montmartre.
Nous et le violoniste.
Lui, son poil de cheval, et son coffre de bois.
C’était en fait juste ça.
Le violoniste qui entre son menton et son épaule, tenait le plus beau moment de notre rencontre.  Un moment inédit.   Un moment qui même en mots ne serait parlé pour lui-même.  Un moment où sans discuter, on en disait déjà trop.

À cet entretien, il y avait un lâcher-prise égorgeant.
Un abandon vulnérable et rarissime qui s’est imprimé dans nos annales incomprises.

Ce qui est inracontable,
C’est les meilleures histoires.
Ce qui nous échappe parce que c’est trop précieux,
C’est nous quatre et Paris.

Dans trachée, ou ben dans l’oesophage

J’sais pas c’est quoi mais c’est là
Ben profond pis en même temps pas tant qu’ça
C’est juste là
Comme quand un chien vient pis y s’couche
Pourquoi y s’couche là
On sait pas
Mais c’est là
Pis nul part autre

Mbin moi aussi c’est là
Pis nul part autre

C’est comme un grain de beauté
Ya du monde qui pense que le spot où y s’trouve ce ptit point brun-là ça veut dire queq’chose
Mais moi j’suis pas de ce monde là
Un grain d’beauté ça ben la liberté de décidé ou y veut atterrir sans qu’on l’questionne
C’est quand même juste une superficie d’pores
Un camping de cellules

C’est drôle quand même
Quand on y pense, jveux dire
On peut vraiment savoir que ya queq’chose
Mais on peut juste pas le nommer
On sait si c’est positif ou pas
On sait à peu près comment ça nous fait sentir
Mais la source
Pas capable de dire

C’est comme si c’était pogné entre le torse pis l’ventre
Tu sais pas trop
si c’est dans tes poumons
ou ben dans ton estomac

Juste assez d’ambition pour écrire un blog.

Par instants, j’ai le goût d’imiter le foetus.  J’ai le goût d’attirer mes genoux à mon menton, de comprimer mes poignets sur mes mollets, mes bras entassant mes jambes.  J’ai le goût d’être une masse indéfinie.  D’être un tas.  De me comprimer en une plus petite quantité de moi.  Un amas réduit de moi.

Parfois, j’ai l’appel de l’infiniment micro.  D’être un pourcentage que l’on ne prend pas en considération.  Une note loin du seuil de passage.  Un grain de poudre à bébé.  Une maille dans un tissu.  Un galet parmi tant d’autres.

Quelque fois, j’ai soif de me confondre avec la vaisselle amoncelée sur mon faux granite de comptoir.  De jouer à la cachette avec les restes de céréales qui gravitent dans la cavité du stainless.

J’ai le goût d’être une blanche dans une partition de Bach.  Une brisure dans un épi.  Une miette dans un auditorium.  Une virgule dans une tragédie.

D’autres fois, j’ai le goût d’être Jeanne d’Arc, Simone de Beauvoir, Marie Curie, Catherine Deneuve, Oprah Winfrey, Condoleezza Rice.

Son; par Apple.

Ils sont six.  Ils sont dix.  Ils sont des milliers.
Ils sont un troupeau.
Ils sont tous jumeaux.
Ils sont blêmes avec les yeux pochés.

Ils sont las et blafards,
Ils sont vidés et meurtris,
Ils écoutent les rails qui crient,
Ils sont coincés.  De l’espace ils sont avares.

Carnivores des minutes matinales,
Monstres des sous-terrains,
Aveugles et sans fanal :
Il faut gagner son pain avec son train-train quotidien.

Spectres aux oreilles pleines
Ils sont tous reliés par ce qu’elles contiennent,
Par ce fil blanc,
Et ces bouchons déments.

Le Ipod et la cité.
Rite sacré.

La bouche pâteuse

J’ai du tartre sur mes dents.
J’ai les gencives sèches.  La langue âcre.
J’ai la gueule pleine d’aigreur.
Mes lèvres se plissent.  Mes sourcils se hissent.
Mes clavicules épousent l’antipathie.

Aversion instinctive s’applique.

Je suis pétrifiée.

Tu m’énerves; tu m’hérisses; tu me crispes; tu m’exaspères.
Pourquoi tant de tentatives pour une cause morte?  Pour le fondement d’une extinction.  Pour le ressort d’un décès, d’une expiration.

La confiance?
Peut-être.
Cependant, les espérances ont une date d’échéance.
On attend qu’elles croulent.  Et c’est tout.
C’est notre crampon : avoir espoir.

On peut remâcher sa bile.  L’extraire ou la spéculer.
Il arrive néanmoins une occasion où l’on transpire la lucidité.
L’humiliation, l’injustice, l’amertume : c’est révolu.
La fausse humilité, l’acceptation, suit ensuite son cours.
On prend son trou,
On régurgite et,
On digère.