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Un journal pas intime

Catégorie: Écrire pour écrire

Angus AAA

Tu m’as mangée comme un steak tartare.

Le sang giclait de ton bec gluant.
Tes molaires se complaisent à siroter mes globules.
Tes canines se délectent à gruger ma carcasse.
Je suis ton rosbif.  Ton contre-filet.
Pas assez bonne pour avoir mon étoile Michelin.
Mais quand même.

Chique.
Chique bien.

Mastique-moi convenablement, parce que lorsqu’on m’avale, on me digère lentement.

Je suis un escargot à l’ail.

Je suis candide.  Je suis naïve.  Je suis crédule et mystifiable.
Faire confiance.  Avoir confiance.  Être confiant.
On m’a enseigné à l’être
à l’appliquer
à le donner
à l’obtenir
à l’offrir

On m’a enseigné à allouer cette vertu parce que sans se sentiment de sécurité, d’assurance et d’espérance, l’abandon est irréalisable.  Sans abandon : pas de solidarité, pas de tendresse ni de complicité.
On m’a appris à croire en la bonne foi.  On m’a appris à croire en la loyauté.
On m’a appris à accepter comme vrai, la franchise, la transparence et l’intégrité.

Je m’en veux parfois d’y avoir cru sans questionnement, comme jeunot, alors qu’on croit aux contes, sans les mettre en doute.  «Pourquoi nous rapporterait-on un leurre, un mensonge, une tromperie?  Pourquoi publierait-on des conneries fausses et enracinées dans l’illusion?  Pourquoi faire la promotion de quelque chose qui n’est tout simplement pas vrai?»

On m’a appris à faire confiance, à avoir confiance.

On m’a inculqué une vérité d’un monde qui en a pas.

On me réfère souvent en tant que personne confiante. Ouverte, exubérante, impliquée, expansive, extravertie : Confiante.  Je le suis.

Par contre, la confiance nous aveugle à l’hypocrisie.
C’est donc pourquoi j’ai une fente entre mes os de dos.  Une ouverture qui s’enfonce.  Dans ma colonne, j’ai des fragments de coutellerie.  J’ai des pépites de canif.  J’ai des échardes de poignards.  Au concave des mes épines dorsales on m’a versé des miettes de cactus.

Couteau à double tranchant.

Pourtant, j’ai une armure bien solide.  Un équipement de protection de bon aloi.  Toutefois, et j’en suis chroniquement surprise, les gens négligent un «détail» prépondérant… À l’origine, une carapace c’est une précaution pour se prémunir.  Notons bien : les animaux la portant sont en grand majorité des invertébrés.  Excluons la tortue ; il reste principalement les insectes, mais surtout, les mollusques.  Les bêtes au corps mou.  Les loques.  Les bestioles sans défense ni renfort.

Fake, c’est ça.

Fake on est là.
On fait quoi ? On sait pas.  Mais on est là.

Dans l’fond.  Non.  Moi je suis là.  Mais toi, j’sais pas t’es où.

T’es une salope.
Et je t’envie.
Fourrer, j’aimerais.
Moi je sais juste faire l’amour.

En fait, moi je sais juste ; l’amour.
Mais c’est d’même.

Le temps c’est la clé de l’oubli.  Et l’oubli, c’est la clé du bonheur.
Parce que l’oubli, ça fait guérir.  L’oubli c’est un
bandaid.
La faculté de le faire, c’est le
polysporin.
J’ai ma trousse de premier soin.
Au moins.

On dit que d’enlever le diachylon d’une shot, c’est mieux.
On pense moins.  On se fait mal beaucoup, mais tellement vivement, qu’au bout du compte, c’est mieux.
C’est un mal pour un bien, comme y disent.

Pis de toute façon, même si je le portais plus longtemps mon plaster, il n’est pas imperméable.  Fake…  Je me retrouverais quand même noyée.  Dans l’eau des attentes.  Dans l’or bleu du cliché de l’optimisme féminin.

Deux pieds valent mieux qu’un.

Il faut juste apprendre.
Juste apprendre à marcher en solo.
Juste apprendre à avoir un pas, en singulier.  Pas de 1e personne du pluriel.  Juste du singulier.  Juste de l’unitaire, t’sé.
Juste apprendre à entendre 2 pieds.  Pas quatre.  Ni plus.  Juste deux.  Une paire.
Juste apprendre à marcher sans le meilleur ami de l’homme.  Pas de laisse.
Juste apprendre à assumer à jouer au solitaire.  Un joueur.  Un.  Seul.  Joueur.
Juste apprendre à être confortable dans le silence de tes enjambés.
Deux pieds.  Juste deux.  C’est pas assez.  Mais c’est ce qu’on a.
Juste apprendre à assumer de pas être une pieuvre, et d’en avoir pas 8, mais deux.  Deux tentacules.  C’est tout.  Pas huit.  Non.  T’es pas une pieuvre.
Juste apprendre.  C’est déjà beaucoup.
L’ouï fige à entendre un singleton.

Faut apprendre, mais
Faut aussi s’y faire.

Défi 009 : «écrire un texte gore. p.s. il peut y avoir des émotions.»

Je me crossais sur tes seins.

Tes yeux fermés me laissaient flairer ta concupiscence.  Ta bouche entrouverte me donnait le goût de te la mettre jusqu’aux amygdales.  De sentir tes dents se dispersés sous mon membre trop présent.

Plus bandé que ça, tu meurs.  Littéralement.  Plus de sang nulle part autre dans mon corps que dans ce que je plonge dans le tien.  Je voulais que tu passes ta langue sur mes couilles, mais t’aimais pas ça.  C’est ce qui me donnait encore plus envie que tu le fasses.  T’étais bouillante et trempée.  Charmante et sans limites.

Je t’ai croqué les lèvres.  J’ai grignoté ta clavicule.  J’ai pressé tes mamelons. J’ai baisé tes côtes.  J’ai cambriolé ton nombril. J’ai rongé tes reins.  Je me suis emparé de tes hanches, les mains moites et fermes, j’ai guidé ton pelvis jusqu’à ma gueule.

Je veux te faire jouir.  Je veux que l’érotisme sorte de tes orifices et que je le goûte puis te le relance.  J’avale tes bruits.  J’en veux plus.  Je mordille mes gencives pour ne pas te blesser.  Pour y aller doucement, mais sûrement.  Pour sentir tes fesses qui montent et descendent sous ma langue qui cherche ton régal.

Ragarde moi dans les yeux que je te détecte.  Que je distingue ton iris qui rugit.
Abusivement vampé, je frôle une autre fois ton sexe avec l’écume de mon désir.
Plus capable, je refais le chemin inverse.  Je sollicite ta peau de mes lèvres humecté, de baiser en baiser, de ton bas ventre à ta nuque.

J’arrive à ta bouche.   De savoir que tu te goûtes par moi, ça m’endurcit.
Je suis ferme et héroïque.
Je t’embrasse.  Ma langue passe à la tienne, l’appétit de te mettre.
Tu empoignes alors ma queue avec laquelle tu jongles.  Tu la manies entre ton pouce, ton index, et ton majeur.  Fais-le de la main gauche que de la droite tu te touches.
Ta main plonge alors entre les formes de ton toi, tu t’excites.  Tu me touches.
J’ai envie de te palper avec mon sexe, je te retourne, allez fais le golden, le labrador, le boston terrier.
Je scrute ton coccyx se crisper, tes vertèbres s’affrioler, ton cou s’arquer.
Ton cul balance et ça me fait venir.
Je palpite.  J’ai l’impression que ton bas ventre m’étrangle.  Je me décharge.

Et te prends en cuillère.

Ils avaient été 7

Il est 9h12.  Pour être plus exact, il est en fait 21h12.  Parce que dire 9h12 sans préciser si c’est l’avant ou l’après-midi ça peut causer confusion.

Jacques est dans la cuisine et prépare de l’hirondelle sautée.
Fany est dans le loby et enlève ses bottes.
Mireille est dans le salon et boit son scotch.
Christian est dans la salle de bain et se rase.
Albert est dans le sous-sol et se dit dans la cave à vin.
Mlle Béatrice est dans la chambre des maîtres et crie.

Jacques a mis des épices sur l’hirondelle.  Ça fait ressortir les jus de l’oiseau.
Fany mets des bottes même en été.
Mireille croit que c’est du scotch mais c’est du whisky.
Christian trouve que les rasoirs de femmes vont mieux sur les courbes de son visage.
Albert a arrêter de fumer il y a 3 mois.  Il fume donc en cachette.
Mlle Bétrice a peur des araignées.

Nous sommes dans un manoir puisque toutes les grandes histoires se passent dans l’habitation d’un seigneur.  Une histoire épique perd son sens si elle se déroule dans un appartement, quoique les chevaliers résident bien plus souvent qu’autrement dans des maisons à logements.

Fany, pieds nus, rejoint Jacques.

Fany : Le four doit être à 400°.
Jacques : Je suis super superstitieux.
Fany : Alors mets le à 375°.
Jacques : D’accord.

Christian, qui sent la rose, rejoint Mireille.

Christian : C’est Mozart ?
Mireille : Non.
Christian : Beethoven?
Mireille : Non.
Christian : Ah! Il n’y a donc pas de musique qui joue.
Mireille : Non.

Albert, cendré, rejoint Mlle Béatrice.


Mlle Béatrice : Je vous aime Albert.
Albert : Je vous aime plus.
Mlle Béatrice : Ah! Je, vous aime plus.
Albert : Ah! Je, vous, aime plus.
Mlle Béatrice : Ah la la!  Je, vous, aime, plus.
Albert : Votre persistance m’a convaincu.

Il était maintenant 9h15. Pour être plus exact, il était en fait 21h15.  Parce que dire 9h15 sans préciser si c’est l’avant ou l’après-midi ça peut causer confusion.

Yé. Pas de bébé.

Fais l’amour.

Ne baise pas.
Ne fourre pas.
Fais l’amour.

Dévêtis toi.  Dévêtis-le.
Embrasse-le,
et laisse-toi embraser.
Rends-toi vulnérable.
Sois fragile, désarmée, impuissante.

Héberge ses paumes sur tes pores.
Transpire pour lui.
Prends son odeur en otage.
Éprouve-le.
Apprivoise son rythme.
Happe ses fesses.
Croque son épaule.
Rase ses os.
Étreins son torse.
Ressens ses muscles.
Enlace ses spasmes.
Avale ses sons.
Obéit ses élans.
Dompte ses cambrures.
Grafigne ses vertèbres.
Écoute son anatomie.
Dessine son bassin.
Serpente ses jointures.
Emprisonne ses orteils.
Talonne son souffle.

Venez.
Fais-le venir.  Et viens.

Encage ce souvenir.
Attends un mois.

Aie peur.
Médite sur ton âge, ton mode de vie, ta situation financière.
Raisonne ton pouls.
Estime.  Encaisse.
Aie peur.
Aie peur.  Et un peu plus peur.
De toute façon, elle va émaner toute seule.
Puis, va à la pharmacie.
Dépense vingt dollars.
p.s un test de grossesse, ça donne des points optimums.

Reviens chez toi.
Dors mal.
Parce qu’à ce qu’il paraît l’urine du matin est mieux.
Réveille-toi fripée,
Va pisser.
Et attends.

Attends une minute.
Attends cette minute.

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60 secondes.

Sourit.
Soupir.
Et ressens toute cette joie que de ne pas avoir de foetus qui grandit en toi.

Pourrie d’amour

J’ai été abusivement choyée.  J’ai été dorlotée. Comblé.  Chouchouté. Gâté.
J’ai les meilleurs parents du monde.
Je n’userai ni d’humilité, ni de modestie.
Je le gueulerais.  Je le vomirais.  Je le dessinerais.  Je l’aboierais.
J’ai les meilleurs parents du monde.
C’est un fait.
Et c’est tout.

Je me suis fait chanter «Les roses de Picardie».
Je me suis fait bercer dans le dévouement.
Je suis suis fais emmitoufler dans l’affection.

J’ai fait tellement de conneries.  J’ai fait des idioties irréversibles.  De creuses erreurs.
Et jamais, ils m’ont tourné le dos.  Ils m’ont affrontée, ils m’ont chérie, ils m’ont cultivée.
Ils ne m’ont jamais abandonnée.
Jamais.

Ma mère me glissait au creux du coeur, dans de petits moments plus sombres:
« You are my sunshine, my only sunshine
You make me happy when skies are gray
You’ll never know dear, how much I love you
Please don’t take my sunshine away»

Le soleil est une image trop utilisée.  Aliénée.
Mais pensons-y : le soleil.  C’est quand même ce qui constitue la source principale de lumière à la Terre.  C’est quand même une fucking grosse étoile assez importante à notre constitution.

Et je suis le sien.

Combien d’astres de la sorte composent votre existence?
Pour ma part, c’est un chiffre en décroissance.
C’est infirme.  Minime.  Dérisoire.

J’ai les meilleurs parents du monde.
Mon père est plus fort que le tien.
Ma mère aussi.

C’est un fait.
Et c’est tout.

Conditionnel présent : si j’étais une itinérante je…

«Spare change please»

Y fait treize  Mais ya du vent
Treize avec du vent, c’est comme un dix degré à l’ombre
Mais là, ya du vent
Au moins y fait soleil.

Yé onze heure
J’viens d’manger un bagel
Ça faisait longtemps.

Yavait pu beurre par exemple
C’est sec un bagel avec rien
Spa comme une toast, c’est plus épais
Ça plus tendance à sec quand ya plus de pain
Mais c’tait bon quand même parce qui restait dla confiture.
Au moins.

Sur l’asphalte ya des ptites roches
On dirait que ça forme la face de quelqu’un de connu
Avec les plis pis les rides du béton
Ça m’fais penser aux mains de ma mère
J’me d’mande qu’est-ce qu’à fait.

«Spare change please»

J’ai envie d’faire l’amour
J’ai tout l’temps envie d’faire l’amour quand j’peux pas
Pis quand j’peux, c’est moins l’fun on dirait
C’est ben l’fun la, mais, on dirait moins que quand j’peux pas.

La seule affaire qui m’manque ici
C’est un livre, ou quekchose
Une télé dans rue c’est weird
Fake s’pour ça j’dis un livre
Juste dequoi pour me distraire
J’ai faite le tour de scruter l’monde.

«Spare change please»

Messemble que j’connais la toune qui joue dans l’char qui attend le vert dla lumière
Même si s’t’en anglais jcomprends les paroles
Mais l’tempo est meilleur que les paroles
J’tapperais ben du pieds mais sont trop plein d’fourmis.

Faut j’me trouve une meilleure technique
Pas un meilleur spot
Non, ici c’est bon, ya ben du monde
Juste un meilleur arrangement
Ça fait mal à longue être assis en indien.

J’sens pu mes os d’fesse
J’sais pas si sta cause du poids d’mon corps
Ou à cause qui fait treize
J’sens pu mes os, ok, mais ma chair de cul a frette.

«Spare change please»

En ce moment au Pérou
mettons qu’on dit dans capitale
Y fait vingt-quatre
Vingt-quatre degré avec pas d’vent, pis du soleil.
Mais ici, y fait treize pis ya du vent

«Spare change please»

Nous quatre, et Paris.

On pensait jamais bien voyager ensemble.  On est tellement différentes.

Encore aujourd’hui je ne peux pas totalement en saisir l’essence.
J’imagine que c’est juste quelque chose qui arrive.
Comme quand il neige et que tu marches dans la rue, et que pour une raison anonyme, il y a un flocon qui se pose dans ta bouche.

On s’était donné rendez-vous à Paris.

Dans un texte, comme ça, sur un blogue, «se donner rendez-vous à Paris» ça se mêle aux autres phrases sans qu’on y porte une attention particulière.  Mais dans la vraie vie, avec tes meilleures amies, «se donner rendez-vous à Paris» c’est plus qu’un évènement en soi.

Ça commencé avec du retard dans les avions.
Ça commencé avec presque 20h dans les machines volantes et les aéroports.
Ça commencé avec un appartement qui m’était prêté, dans un petit quartier de banlieue.
Ça finalement vraiment commencé, avec un miaulement de l’autre côté de la porte, et une bouteille de champagne qu’on a bue dans des tasses.

Après ça,
On était réunies.
Quatre.
Nous quatre :
À Paris.

Donc on fait ce qu’il y a à faire.
On module notre accent, et on trouve ça drôle.
On prend trop de photos, on squatte les musées, les statues.
On boit du vin à 2 euros sous les grandes pattes de la tour Eiffel.
On mange du confit, des croissants, et de la baguette.

Après Pigalle, on croise le Café des Deux Moulins.
Foire des péripéties cinématographiques d’Amélie Poulain.
On enjambe les pierres presque poncées des rues menant à Montmartre dans les petites collines abruptes que sont les rues y
conduisant.
On rit.
On est bien.
On est plus que bien
On est à Paris.

Nous sommes presque arrivées au point culminant de la butte aux artistes qu’on entend du Piaf.
On entend du crin grinçant sur des cordes.
On se regarde plus complice que possible.
On arrive.  Enfin.  Même pas essoufflée.

Un bonhomme est assis sur une petite caisse.
Sur son ampli.
Il a des lunettes rondes, et un dynamisme invitant.
Il est charismatique et humble.
Il ferme les yeux sous ses verres sphériques et happe son archet de passion, de sensualité, de ferveur.
Il déchaîne du Trenet.  La mer.

Encore aujourd’hui je ne peux pas totalement en saisir l’essence.
J’imagine que c’est juste quelque chose qui arrive.

On s’assoit.  Sans se consulter, le vote était unanime.
On s’imbibe.
Comme une éponge qui gobe.
Comme une étampe qui subit.

On était les quatre, à Paris.
Et après, on était les cinq, à Montmartre.
Nous et le violoniste.
Lui, son poil de cheval, et son coffre de bois.
C’était en fait juste ça.
Le violoniste qui entre son menton et son épaule, tenait le plus beau moment de notre rencontre.  Un moment inédit.   Un moment qui même en mots ne serait parlé pour lui-même.  Un moment où sans discuter, on en disait déjà trop.

À cet entretien, il y avait un lâcher-prise égorgeant.
Un abandon vulnérable et rarissime qui s’est imprimé dans nos annales incomprises.

Ce qui est inracontable,
C’est les meilleures histoires.
Ce qui nous échappe parce que c’est trop précieux,
C’est nous quatre et Paris.