GP

Un journal pas intime

Catégorie: Écrire pour écrire

Jésus

Alors; Jésus.

Jésus : fils de tout.  De Dieu.

Tu es donc venu sur Terre pour sauvé l’humanité?

Ok.

Ça marché?

Dit Jésus, ça fonctionné?

On célébre, techniquement, la naissance de ce dude, Jésus.

À l’an zéro, il y avait des modes ? Il en faisait parti ?

Il portait des sandales à la Xena lui aussi ?  Comme nous l’été passé?

Il a vraiment juste fait une métaphore avec le vin où il en buvait?

T’as-tu déjà été malade d’une brosse au vin, Jésus ?  J’veux dire… C’était quand même des gros soupers, non?  Ça semblait couler…  Pis du pain, on s’entend, c’est pas assez pour te faire un fond.  Dreamais-tu d’un withe Christmas?  Fuck all!  J’veux dire…  Christmas, c’est devenu ta fête, pis en plus, la Palestine, c’est pas ce qu’il y a de plus froid là…

Les rois mages, ils étaients chiants ou réceptifs?  Ils avaient un GPS tu crois?  Pas un GPS comme aujourd’hui, bien entendu, mais… Quelque chose, je sais pas moi, une branche de cactus dans de la sève d’un âne pis ça faisait qu’ils savaient précisément où t’étais…

Pis ta mère, tu lui enverras le bonjour de ma part, est vraiment vierge?  Ça contredit pas ce que t’as établi de la chrétienneté, non?  J’veux dire…  On a ben beau croire que oui oui, t’as réscussiter plus tard dans ton existence, ok, au pire, ça se peut, mais mettre un enfant au monde sans…  Sans…

…Sans…

Ben, tu comprends là… Sans, t’sé, «faire l’amour».  Y me semble que ça contredit un peu ce qu’on apprend en bio.  Ben sûr à ce moment tu vas problement me dire que la science et la religion sont opposés et que c’est une erreur que de les entremêlés mais, faut dire Jésus, j’ai bien de la difficulté à pas le faire.  Du moins sur le point de… De… De ta conception.  Ouin.  Mettons.

En tout cas.

Merci quand même Jésus.  T’as fait établir une fête vraiment internationale qui fait émaner des affaires qui peuvent juste émaner au temps des fêtes, pis…  C’est cool t’sé.

C’est cool, malgré tout, d’avoir un moment dans l’année auquel se raccorché pis se dire que ce moment-là c’est vraiment spécial.

Bill Crosby

Bill Crosby.
Il est là.
Bill.
Et moi aussi.
On valse un peu.  Juste assez.  Pas trop.

«I’ll be home for Christmas»

Je le serai aussi, Bill.
J’y suis.

J’y retrouve des souvenirs hétéroclites.  Cette fois-ci, c’était des objets. Cette fois-ci, c’était des odeurs.  Des chaleurs.  Des couleurs.
C’était la table de la cuisine réchauffer par les bûches qui braisent et le vin qui baignait.
Encore une fois, on a conquérit le monde ce soir.
Il était à nous.
Ah, ce Monde.  Le monde.  Notre monde.
Mon père et moi réussissons à tout coup (non : presque) à l’empoigné et l’amener à nous bécoter la joue.  Ce monde
cruel et beau.  Ce monde incompréhensible et prévisible.
On entend l’aiguille du vinyle d’antan, de ces années 50 où les hommes comme Bill, comme Bill Crosby, ouvrait la porte aux dames, leur tirait la chaise, leur offrait leur doigts afin qu’ils leur baise la main.  Ça joue doucement.  En arrière-plan, au premier dans mon coeur.
Il fait chaud.  Juste assez.  Pas trop.
C’est sec.
J’ai pelleter le balcon.  C’était de la poudreuse.
J’ai parti le feu.  C’était ma fournaise.
Je suis de retour dans la maison des mémoires, des blessures, des expériences.  De retour dans la maison familiale. De retour dans le foyer des vices.
Du porto.  Oui.  Je vous l’avait dit.  Du porto.
Alors, on trinque : à Noël!
Non.  Fuck Noël.
Pourquoi?  Parce qu’on le sait que c’est un prétexte.
On trinque à nous et à l’instant.  Cet instant qui, comme une photo, durera mais restera éphémère.  Bref. Court.  Mortel.

Ah! Bill!  «Merci d’être là» je me dis.
Bill et moi, dans une cuisine.  Pour «Noël».

Une gorgée qui passe comme un oursin dans la trachée.  Un verre de jus accoté sur le bord du comptoir.  Une main à ses côtés.  Le poids du corps qui pèse.  Qui pèse à côté du jus.  Du verre de jus.
Une lumière qui bénit.
Un rayon qui égratigne.  Une parole comme une écharde.
Bien profonde.  Dans la corne d’une paume.  D’une paume accoté à côté d’un verre de jus.
Pressé.  Pas de pulpes.

Monologue à deux.

A dit : «J’m’ennuie d’toi.»
Y dit rien.
A dit : «J’ai hâte de te voir.»
Y dit rien.

A dit rien.
Y dit rien.

Fight mille, prise mille.

Si seulement tu savais relativiser.
Si seulement j’étais capable de jamais répéter les mêmes erreurs, encore et encore et encore
T’as quand même raison.
Baissons les bras.
Sourions-nous poliement. Bras baissés. En poche.
Je garderai mon espoir loin.
Ma fidélité je la contredirai par aventures et mésaventures.
Mon amour, je le tuerai : étouffé, noyé, brisé, cassé, creuvé, shooté.
Pis c’est tout.
Parce qu’on vaut juste ça.
On vaut des regards de loin, des blanches pis des noires qui consonent.
Mais c’est correct aussi.
J’suis pas surprise, c’est le passé qui se répette.
À la prochaine.
Et voilà tout.
Mes excuses on été faites, je ne peux rouler un chapelet entre mes doigts pour le reste de l’éternité; demandant le mea culpa à m’en donner des ampoules.
C’est tout.
À la prochaine,
Et voilà tout.
Et on se sourira poliement,
correctement,
proprement,
adéquatement,
Comme il le faut.
Comme tu penses que c’est la bonne façon de faire,
Sans dérangé, juste comme il faut,
gentillement,
convenablement,
décemment,
raisonnablement.

Un verre de porto. Plus un autre.

Du porto.
Un verre.
Plus un.  Plus un autre.  Plein de porto.  Plein de verres de porto.
Des orteils chauds.  Des pieds palmés de laine.  De gros bas d’laine.
Une cheminée qui beugle.  Du bois qui meurt.  Une flamme qui glace un grelottement.  Des cendres qui tuent un frisson.
Il y a de petites lumières qui flashent sur l’arbre.  L’étoile à sa cime me fait un cli d’oeil.
Je me sens bien.
Un autre verre de porto.
J’me sentirai encore mieux.
Tout le monde s’en va s’coucher.  Moi, j’attends.

J’t’attends.
Même si tu viendras pas.
«Joyeux temps des fêtes» j’te dis.
Tu m’entends pas.
Pas parce que tu l’veux pas.  Parce que,
T’es pas là.

Je trinquerais en te regardant, béate de notre nous.
J’t’embrasserais les jointures en te remerciant d’être là, ici, avec moi.
On ferait même pas l’amour.  On prendrait un verre de porto.  Plus un.  Plus un autre.  Plein de porto.  Plein de verres de porto.  Toi pis moi.
On s’endormirait au pied de l’arbre, puis au matin, on se déballerait.  Tour à tour.  Contents.  Surpris.

Tout le monde est couché.  Y’a plus de bruit.  À part le vent sur la façade d’la maison, pis à part les bûches qui carburent toujours.

J’suis toute seule devant le sapin qui rit.
J’pense qui rit de moi.
Mais on rit pas des autres la veille de Noël.
J’m’allume une clope.
Pis j’attends.
Cette fois j’attends d’m’endormir pis d’me réveillé en espérant t’avoir oublié.

C’est un play qui joue.

C’est des gros doigts qui tombent sur un piano. C’est un crescendo qui monte pas.  C’est une corde vocale avec laquelle on se passe la soie dentaire.  C’est le bruit d’un accordéon qui s’efface dans ses rides.  C’est de la corne qui gifle une contre-basse.  C’est un vinyle qui pleure.  C’est un play qui joue.  C’est un décibel de trop.  C’est un volume qui fait fermer les yeux.  C’est un jingle qui fait taper du pied.  C’est un archet qui grince.  C’est le ballet de casse-noisette, sans entracte ni publique.  C’est un maître de cérémonie.  C’est un chef d’orchestre.  C’est la peau d’un tambour qui raisonne.

C’est une toune qui passe, qui me fait penser à toi.

L’invisibilité, c’est pas un pouvoir de superhéros

Je suis invisible.  Je suis un spectre vivant qui marche, mange, boit et dort.
Pourtant, je crie, ris et pleure plus fort que tout le monde.
J’ai les cordes vocales raides et déterminées, mais c’est pas assez.  Mes décibels puissantes ne sont que bibelots aux oreilles avides des «vraies» choses.
C’est ça que j’ai de la misère à assimiler : c’est quand on ferme ça gueule, qu’on prend toute la place.  C’est le dernier qui parle, qui gagne la palme.  À tout coup.  Toujours.  Sans faute.
C’est le muet qui attire l’attention.  On lui porte tout dans l’espoir qu’il chuchotte.  Qui bronche et que sorte une énygme, un discours, un film.
Celui qui ferme ça gueule monopolise.Celui qui ferme ça gueule est manifeste et évident.
Moi je suis invisible.  Tachetée de personnalité, c’est pas assez.  Il faut une race pure.  Pure race.  Racé.
Moi je me fais donner des coups d’épaules, on me laisse pas passer, on ne m’ouvre pas la porte, on ne me pointe pas du doigt, on ne me sourit pas, on ne me baise pas parce qu’on ne peut pas baiser l’inobservable.  On peut pas baiser du rien.  Du rien, ça peut pas jouir.  Du rien, ça ne se palpe pas.
Ce qui est dommage par contre, c’est que je ne puisse même pas en profiter.  Les fantômes eux peuvent au moins passer au travers les murs.  Ils peuvent espionner, frôler glacialement.  Moi, rien de tout ça.  Je suis un fantôme pris dans un corps d’humain.
J’ai de la peau pour gâcher l’apparition surnaturelle.
On me voit et on ne crie pas de peur, parce qu’on ne me voit juste pas.  On ne voit pas les fantômes pris dans des corps d’humain.  Si on est chanceux, on nous voit comme un humain.  Un regard en un clin d’oeil qui chauffe.On appelle pas l’invisible parce qu’on ne saurait pas quoi lui dire.  Du coup on doit se questionner; du coup c’est trop demander.

L’invisibilité, c’est pas un choix de super héros.  L’invisibilité, c’est les autres qui nous la donne.  C’est eux qui fixe notre niveau de transparence.  Sans le regard de l’autre, la matière existe-t-elle toujours?

J’aimerais être sourde plutôt qu’invisible.  J’aurais moins honte de ma voix.
J’aimerais être aveugle plutôt qu’invisible.  J’aurais moins peur des miroirs.
Ma mère dit qu’il ne faut pas souhaiter des trucs comme ça.  On ne doit pas souhaiter des injustices de la vie.
Je ne les souhaite pas, je les conjure.
J’aimerais être un dictateur fou pour ne pas être invisible.  C’est connu, quand on tue des gens, on se sent vivant.  J’accepterais aussi le rôle de la victime.  La pauvre victime de guerre épeurée qui n’a jamais autant compris comment la vie est précieuse est importante.  L’instant présent c’est pour les non-fantôme.  C’est pour le monde qui vivent des grosses choses tragiques et qui comprennent toutes sortes de choses que le commun des mortels ne saura jamais saisir ni concevoir.

L’invisibilité, c’est pas un pouvoir.

C’est une faiblesse.

C’est une faille qui laisse passer l’air.

Ça sile aigu précédent une migraine.

Elle. Pas moi.

Fuir le bonheur de peur qu’il n’se sauve
Sauve qui peut
Peux-tu croire
Croire dur comme fer que c’est tout simplement ça
Sapé des moments d’intimité erronée
Nez qui a du flair sait-il se retirer
Rébus droit au coeur antipathique
Tic nerveux et involontaire
Terrifée ne sachant quoi faire
Fer à cheval en poche se livrant à la chance
Anse de possibilités auxquelles se référer
Réprimander le temps
Tempête d’idées refoulées
Léviter ou s’échouer
Éviter le pire ou adopter le karma
Mastiquer sans régurgiter le concret
Craie qui note les plus
Pluriel d’un passé redondant
Dense et opaque
Pacte de sang interféré par la paire
Père  Notre Père
«Notre Père qui est aux cieux, que ton Nom soit sanctifié»
Fiée à des ancres roussies
Sinueux comme parcours
Courage et bravoure c’est ce qu’il demeure
Meurs quand le temps sera venu
Nuées enfuies  se sera incolore
L’aurore d’une fin continuelle
Elle sera mieux que moi
Moi.
Non.
Elle.
Mais…
Moi?

«Somewhere over the rainbow», mais où?

Il faut nourrir son culte.
Soigner ses convictions.
Cultiver sa fidélité.
Il faut labourer, encore et toujours, et encore, sa foi.
Toujours et tout le temps.

On peut s’essouffler à croire.
On peut s’époumoner à accorder de la crédibilité.
On peut suffoquer à faire confiance.

Comprends-le.  S’il te plait.  Lis-moi et entends.
Lis-moi et étouffe-toi.
Lis-moi et sens-toi étranglé.
Marche dans mes souliers.
Mets-les.  Lace-les.
Et ne sois plus capable de respirer.

Tu étouffes.
Tu prends l’air.  Tu l’écrases et le comprimes pour n’en laisser qu’une parcelle agace.  Tu bouffes l’O2 sans même prendre conscience des autres.  T’as un nombril gros comme un pamplemousse.  Un melon.  Une planète.
Lâche ton nombril.
Arrête de croire que le monde s’arrête hors de ton champ de vision.
Tu n’es qu’une pie provocatrice, qui se croit maître de ce qui n’est même pas.
Mais ça, toi, tu ne le sait pas.
Parce qu’avoir du bon sens, c’est pour les autres.  Pas pour toi.
Parce que toi, t’as la raison.  T’as le vrai infus.
Le faux vrai.
Le faux que tu crois vrai.
Décrcohe.
Lâche prise.
Sors ta tête de la glaise.
Ouvre tes yeux.
Décolle tes paupières de ta vision malmenée.
Et peut-être que tu verras tous ces bras hors d’haleine tendus vers toi.
Ces bras fatigués de ton égoïsme coquet.
Deviens une donatrice au lieu d’une receveuse. Tu vas voir comment tes oeillères peuvent prendre tout un autre sens.
Un sens opposé.
Je l’espère.