GP

Un journal pas intime

Catégorie: Uncategorized

Automne, quand tu nous (sur)prends

Sur la 10, le soleil s’est affaissé tôt.
C’est le bitume ombragé qui m’a avisé :
«L’heure des nuages pelures d’oignon n’est précoce ni déréglée.
Elle est ponctuelle. Fidèle.»

Ma mémoire est une faculté qui oublie ce rituel annuel.
Celui des vendanges perfides.
Du déclin des jours qui nous escorte dans le désordre.

Mon day-to-day rapetisse.
L’heure du crépuscule me talonne.
M’oppresse.

Je ne sais pas si je dois retirer mon air climatisé.
Acheter des cahiers Canada.
Aller aux pommes. Faire des tartes ou des compotes.
Je ne sais pas.

Ça aura pris le temps d’apprivoiser l’été avant qu’il se désintéresse;
Me néglige;
Me déserte.

C’est ça.
Va t’en.

ISBN : 9782760410954

Le genre de jour où t’es de bonne humeur, mais que t’as l’motton pareil.
Tu t’décides d’aller acheter le livre dont il t’a parlé, cette fois-là.
Parce que toi, c’est le genre de chose dont tu te souviens.

Y l’a pas ; tu le commandes.
Pis.
Une couple de jours plus tard,
Vous vous chicanez.

Le temps passe,
Pas assez.
Votre statu quo est maintenu.
C’est peut-être pas froid, mais c’est frais.
Tiède en cibole.

Une couple de jours plus tard,
Tu reçois un appel.
Ce n’est pas lui. C’est jamais lui.
Ton livre est arrivé.
OK merci…

Penaude, tu esquives la librairie quelque temps,
Jusqu’au jour où t’es de bonne humeur, mais que t’as l’motton pareil.
Tu t’décides d’aller acheter ledit livre.
Le renifles.
Le serre contre ta poitrine.
Le traîne partout avec toi.

Mais même capable de lire la préface.
Parce qu’après ces 192 pages,
Ne restera plus rien pour t’agripper.
Plus rien qui t’mènera à lui.

Même pas les pages de cette conversation-là.
De cette fois-là.

Mon garçon de Ste-Anne-des-Monts

Ça fait que j’ai décidé de m’exiler. De partir loin loin de la ville pour prendre mon pouls. La métropole, c’est génial. Par contre, il est parfois difficile d’y trouver son centre. Pas évident de se créer un feng-shui mental entre les toussotements des camions à vidanges et les voitures qui roulent trop vite pour les petites rues. J’avais comme objectif de partir pour mieux revenir et avais choisi la Gaspésie comme point de répit. C’est bucolique, assez loin pour se sentir à l’autre bout du monde et il y a la mer. C’est plutôt apaisant d’avoir une brise d’eau au chlorure de sodium te flatter les pores. Inspire du sel. Expire ton sel.

À peu près à la hauteur de Matane et ses crevettes, je me suis rappelé l’été précédent.

Ce soir-là, j’ai rencontré un garçon. C’était son anniversaire, il avait 30 ans. J’appris bien vite que le néo trentenaire travaillait là pour l’été, dans le département de sécurité.

Ledit garçon était très grand et plutôt costaud. Une bonne pièce d’homme, comme on dit. Un nounours massif qui se faisait fort probablement taquiner au primaire. Ça se sent ces gens-là, qui ne l’ont pas eu facile à la petite école.

Mes nouveaux amis et moi avons célébré, surligné au gros marqueur fluo la fête à fêter.

Inutile de dire que j’étais très ivre. Mais pas le ivre fun party. Le ivre j’ai-bu-trop-trop-vite-et-j’ai-pas-soupé-en-plus. J’avais mal au cœur et sentais la fatigue m’envahir. Je suis partie en douce, incognito. Et hop, bobettes et t-shirt de dodo sur le dos, j’étais allongée dans mon petit lit au matelas enrobé de plastique. Aussitôt fait, j’avais l’impression d’être dans le ventre de la baleine de Pinocchio. La marrée de mon estomac était haute et houleuse. En deux temps trois mouvements, j’étais hors de ma couchette, en sous-vêtements sur les sentiers de l’auberge à tenter de me trouver un endroit secret pour vomir en paix.

Les trompettes avaient laissé place à du gros beat pop. Au moins ça va couvrir le son de ma beuverie irresponsable. J’ai trouvé refuge à côté d’une immense roche où les herbes avoisinantes n’étaient pas tondues. Je m’effondre, à quatre pattes la tête dans le gazon et beurk beurk beurk. À la bile, on arrête. Je me relève tant bien que mal, et retourne au lit-Ziploc. M’allonge. Nope. Je me relève de peine et de misère. Sors de la salle commune et me laisse guider vers la plage. Ouais, c’est bon ça, l’air de sel. Ça va faire du bien pour mon mal marin. Je serais un piètre homme d’équipage en tout cas, ça, c’est sur.

Le cul dans le sable, le vent du large fait du bien. Je grelote, mais c’est correct. Ça vient atténuer mon envie de dégobiller. Après un moment, ça se tempère. Je me hisse du sol et me traîne jusqu’au dortoir. En m’échouant dans mon lit simple, je regarde mon cellulaire question de voir à quelle heure toute cette pathétique histoire a eu lieu.

Le garçon m’avait stalké puis écrit.

[…]
Moi : Je suis partie me coucher. Je suis crevée. Désolée!
Garçon : Ah non! C’est ma fête! Come on!
Moi : Meh… Je sais pas trop…
Garçon : Viens-t’en sinon je m’en viens te chercher!

J’enfile une paire de jeans, mais ne prends pas la peine de mettre un soutien-gorge. Je revêts un coton ouaté. C’est pas famous la vie de matelot. Je m’approche et un attroupement de gens se prélasse sur la galerie. Ça parle fort. Ça tinque. Je me faufile un peu timide au travers du monde et reconnais mon garçon assis dans les escaliers. Son visage s’illumine quand il me surprend. «Hey! Approche! Sois pas gênée. On mord pas.» Il tapote la marche à côté de lui. Soupir intérieur. J’espère que j’sens pas le vomi. Il me présente aux personnes du cercle. Ils m’ont tous l’air bien sympathiques. Je me pose à ses côtés. Mon garçon me flatte le dos. Le genou. La cuisse. Les jointures. C’est anormalement rassurant – venant d’un presque inconnu. Nos doigts s’enlacent et dansent comme s’ils se connaissaient très bien. Comme de vieux amants qui s’adonnent à leurs câlins quotidiens. Je me colle contre lui. Je me sens à l’aise et protégée. Bouclier de douceur et de cajoleries. Ça faisait longtemps.

Sans m’en rendre compte, il est rendu super méga tard. Le soleil devrait se lever tout prochainement. Mon garçon me prend par la main et m’amène sur le bord de la grève. À part le fait de marcher dans le sable, c’est hyper romantique. Car malgré ce qu’on pourrait croire, à cause de la propagande de films cheesy, il n’y a rien de poétique à cette démarche. C’est le même niveau de prestance que si tu marchais dans un sentier de plasticine avec des souliers plateformes. Very chic.

Il me guide à une table de pique-nique sous un gazebo à quelques mètres de la mer. Il s’assoit sur la surface de bois, entrouvre ses jambes afin que je vienne plus près de lui. On s’embrasse. Il me serre fort. Il est imposant, je me sens toute petite. C’est rare et précieux. J’entends les vagues derrière moi alors qu’il me caresse et me fais sentir belle. J’ai les yeux fermés et me laisse envahir par ses baisers langoureux. À la fois craintif et téméraire, il passe sa main sous mon chandail, m’attrape les seins. Mes mamelons sont durs et ça l’excite. Il les empoigne, les masses, les dorlote. Il agrippe ma croupe, me serre les fesses. C’est chaud. Ma petite culotte se fait tasser par son pouce, il se met à me toucher. Je suis mouillée, presque autant que la mer. Il prend soin de moi. Tiens absolument à me faire plaisir. D’un coup, quasi brusquement, il s’arrête. « Si on est pour faire ça, vaut mieux maximiser l’expérience et que t’aies une belle vue. » Mon garçon change de place avec moi, m’installe sur la table – face à l’océan – et poursuit sa quête de mon extase. Classy. Ma tête posée dans le creux de son cou, j’entrevois les premiers rayons du soleil miroiter dans l’étendue infinie du Saint-Laurent alors que j’atteins mon paroxysme sous ses doigts de fée et ses becs carnivores.

Les remous claquent sur berge. Les nuages sont mauves.
Les hérons me font un clin d’œil au passage.

 

 

Itinéraire sur Lucifer

Faites-moi dormir dans un canot.
Comme Boromir.
Mais dans le ciel.
Je veux mon propre voyage astral au-dessus de l’hiver.
Ma propre chasse-galerie.

Chasser le naturel…

De nous deux, j’étais la plus éloquente.
Me revenait donc le sort de gérer ma tendresse dépeuplée.

Cette fois, c’était le coup d’épée dans l’eau de trop.
Des balivernes insipides et redondantes.
Une altercation galvaudée chargée de sottises exacerbées.

Les doigts en poings,
Je grinçais des dents.
Grosses narines agressives.
Et pulsations cardiaques démesurées.

Je te le reprochais,
Mais savais légitimement reconnaître mes fautes:
Mon identité de victime sollicitait ton bourreau.
Je te provoquais,
Crédule que ta nature taciturne se dissiperait.

Notre histoire était dès lors détentrice d’une brèche lourde additionnelle.
Commotion de nos vocables affectifs et littéraires inconciliables.
Démêlés et résiliation.

Deux pas derrière;
Et un dur deuil d’enclenché.

 

Drainée

S’instaure un trou dans le fond de mon plexus solaire. Un vide assommant et sans trop d’explications plane.

Grisaille inaltérable.

La bonne vieille mélancolie qui traîne – long time no see.
Rengaines redondantes qui n’en finissent pas de finir.
Se succèdent angoisses perpétuelles, cousines consanguines.

C’est essoufflant.
Et je n’ai pas le cardio émotionnel assez cultivé.

Un homme ; plusieurs métiers.

J’savais pas, que t’étais abatteur;
Que tu m’scierais les jambes, à être hypocritement flatteur.

J’savais pas, que t’étais mineur;
Que t’excavais des coeurs.

J’savais pas, que t’étais creuseur de tombes;
Que t’aimais, puis partais en trombe.

Bévues VS bien vu

Fool me once : shame on you.
Fool me twice : shame on me.

Et l’expression s’dit comment, la 42e fois?

Je n’ai pas le pied marin.

Ya des soirs, comme ça, où je vais dans le quartier résidentiel derrière les shops Angus, et je roule. J’roule juste pour scèner, en freinant légèrement, pour contempler à travers les fenêtres et, peut-être, apercevoir ça l’air de quoi, une vie rangée.

Une vie sobre et sans remous.

Dans ces attroupements de maisons, ça sent perpétuellement le sapin et le lait de poule. C’est où tous les Noëls sont beaux et sans chicane. C’est aussi où on passe l’Halloween, car les gens rangés distribuent les meilleures friandises.

Les briquettes sont pareilles.
Les drive-in sont pareils.
Les lucarnes sont pareilles.

Les lumières peu franches sont d’un beige idyllique. Un brun sable à convoiter.

Ça ressemble à quoi? À quoi quand t’es pas du genre à faire des montagnes russes pour des riens, quand tu ne sursaute pas au rythme des textos que tu reçois ou non de ta baise de la veille, quand ton pouls ne grimpe pas juste parce que t’es pas patient.

Un arrondissement aux teintes de champagne flat et drabe, que tu veux pas vraiment, certes, mais parfois – juste des fois – un peu quand même. Car le beige renferme un caractère paisible, doux et rassurant, que nous les gens au spectre de couleurs vives, on prétend à l’occasion vouloir…

Quand les vaguelettes à la Moby Dick de notre quotidien coloré nous donnent au final un haut-le-coeur.

Pêche sportive

L’hameçon profond dans ma bajoue, j’avais été repêchée dernière, et certainement pas comme joueuse étoile.

Je réchauffais le banc. J’attendais que ce soit mon tour.

Et ce ne l’aura jamais été.

Une fois la saison terminée, l’hameçon encore profond dans ma bajoue, tu n’avais même pas pris soin de me remettre à l’eau.

J’avais été laissé là, à des lieux de cette mer pleine d’autres poissons.

C’est ainsi que je suis morte, près de la glace de ton étang, leurrée par tes appâts.