GP

Un journal pas intime

Tango

Ils dansèrent le tango.
Imposteurs masqués et vêtu de noir,
Sur St-Denis.

Elle riposta.
Il rit.
Elle se calma.
Il la pris par les hanches.
Ils débattirent.
Elle cracha.
Il vociféra.
Elle se raidit.
Il la regarda.
Elle loucha.
Il l’embrassa.
Elle se cambra.
Il l’envoûta.
Elle se donna.

Ils dansèrent ainsi pour plusieurs minutes.
Et la chorégraphie fu établie.

«ecriture.» – La réplique.

pour toi ma douce amie

Au salut sans saut je réponds d’un bonjour clandestin. Un bonjour futile et rempli de sens. Un bonjour qui souhaite et qui réprimande. Un allô lâche et mou. Un allô crispé et envoûtant. Un bienvenue qui enrobe.
Un baisemain prend la relève.
Je lève mes yeux.
Te dicte l’adieu;
en sachant très bien qu’il y aura une autre fois.

Durant ce temps,
cette ellipse occasionnée,
je te posterai un morceau de moi,
un passage, une pensée.
Tu aimeras.
On fera un roman épistolaire.
Une histoire épique.
Une pastorale.

On se retrouvera.  Comme toujours.
Et au salut sans saut, je te répondrai d’un bonjour clandestin.
Et se multipliera ce bulletin, jusqu’à ce qu’un jour, on soit bien.

Un violoniste assis sur une console de son.

Un archet.
Un simple archet.
En fait, non.
Un archet et ce sourire.
J’en ai parlé, et je continuerai.
Montmartre.
Mon Montmartre.

Je me demande tout le temps si c’est le désir de retrouver l’impossible que de n’être véritablement qui l’on ai ou vraiment ce moment, à Montmartre.
J’en ai humé l’essence et consumé le bouleversement, mais par contre, chaque fois que j’y repense, j’ai cet élan de nostalgie.  Ce ressentiment que d’être ici et pas là-bas.

Un violon.
Un simple violon.
En fait, non.
Un violon et une amitié.

C’est à Montmartre que j’ai empreint un souvenir inexplicable et magique.
C’est à Montmartre que je me suis laissé venir et partir à pleurer sur les paillassons de lavande et de bohèmes.

Montmartre n’est qu’un prétexte, on s’entend.
Un alibi infaillible d’une expérience où les maux n’étaient plus et où les mots manquaient.

Mon diagnostic est donné.

On retrouvait sur ces terrasses maintenant embaumées : les intellectuels.
Errants dans ces quartiers huppés et controversés,
Sartre et ses copains, Beaudelaire et ses apôtres se retrouvaient.
Genet, Camus.  Vian, Kafka.
Un double allongé.  Noir.
Ils se retrouvent à l’écart du monde pour le refaire.
Dans un salon vert et capitonné,
ils sont les rois de l’univers et des vers cadencés.
Élus, ils sont les prostitués des bouquins bien reliés.
Marginaux fétichisés qui créent, sous une tache de café, des faits sociaux et des pages balises.

Ils commettent un jour, par inadvertance calculée :
la dépendance aux mots.

Transition bien méritée.

Un monsieur avec un chapeau de chauffeur de train lave le plexiglas de la vitrine d’un restaurant.  Des haut-parleurs qui grinche émiettent sur le trottoir des fragments de «Viva La Vida».  La rue est italienne.
Les érables, prétentieux saisonniers, songent à se rhabiller.
Les patios sortent de leur hibernation et se pavanent sur les allées passantes.
Les botches se dégourdissent, s’éparpillent et se font transporter le long des fossés.
Un couple de mains se retrouve.  Peau à peau, et non, laine à laine.
Le calcium reste féroce et tâche toujours les chaussures, heureuses d’avoir pu remplacer les bottes.
Les bourgeons couinent.
On passe à la sangria.
L’équinoxe fait tiquer notre cadran d’avance.
Le soleil, lui, est découragé d’avoir à désormais, doubler ses quarts de travail.

Je m’excuse et t’embrasse.

On aimait les défis, mais encore plus, les défier.

Il pleuvait sur Mitte cette journée-là.
(À prononcer comme
mitteune
Mitte, est un terme du deuscthland pour signifier le centre.)
Berlin; mai 2009.
L’architechture est froide et les terrasses flânent à perte de vue.
Il pleut.  Je peux sentir l’asphalte allemande.
Ce jour-là, c’était férié.
Les vélos dormaient, les boutiques ronflaient, les trams marchaient sur le bout des pieds.
On se sentait seules.  On avait Berlin pour nous, pour nous seules.
Là-bas, les gens sont droits.
Aujourd’hui, j’ai oublié le son de ta voix.
Pour toi, il est 15h30.  Je te souhaite un bon après-midi.
Munich; mai 2009.
Nous venons de faire 14h d’autobus.
Nous attendons le prochain.  Il nous reste 12h de route à faire.
(La chaussée est la locomotion des pauvres.)
Nous sommes au stade de Munich.
Les gens beuglent pour leur équipe.
Sous mes écouteurs, j’entend la masse qui braille pour un but.
Demain, nous serons en Croatie.
Croatie; mai 2009.
L’air est salin.  Le sable est rocailleux.
Les croates sont rudes, mais leur bière est bonne.
L’Adriatique se rend turquoise pour nous.
J’ai le nez rouge et les cuisses basanées.
On fait le tour des îles, un pique-nique, une ballade.
On rencontre des québécois, on sacre et on rit.
Demain, je serai à Paris.
Paris; juin 2009.
Aujourd’hui, j’ai pissé sous la tour Eiffel.
Nous buvons du vin à 2,50 euros.
Le gazon est bien plus vert à Paris qu’à Montréal.
Le confit de canard, les champs Elysée, l’accent statique.
Demain, je reviendrai.

Montréal; mars 2010.
J’ai relu mes écrits, les extatiques et les abattus.
Je t’ai asphyxié.
Je nous ai rendus aigris et déplus.
J’ai été malsaine et agressive.
Je t’avais écris : «C’était dur mais beau».

Je nous vois plus clair.
Je nous vois amoureux à l’imparfait et dysfonctionnels à la conjugaison.
Je réalise que les étoiles ne nous guide qu’en exile.
Rapatriés, la boussole ne fait que s’arrêter.

Je n’ai pas de regrets,
Que quelques remords.
Peu, mais existants.

Je m’excuse et t’embrasse.

À un prochain voyage.
À une aventure cette fois-ci loin d’être décousue.

«Timber»

Bûchez, bûcherons.
Fendez ce bois d’ébène,
Que la sève y coule,
Que  la bile noire se répande sur vos cap d’acier.
Un arbre qui s’effondre sur la mousse du sol ravagé.
Un arbre qui tombe seul.
Un arbre suicidé.
Aucun témoin : aucune preuve.
Aucune preuve ?
Le vide.
Peut-être.
L’absence.
L’absence de yeux qui pourraient approuver.

Ce bois fera un jour une guitare,
Acoustique,
Sur laquelle sonnera l’histoire de cette mort assistée des boulots mitigés et des chênes esseulés.

Le rose d’une autruche.

Dans un enclos vivait une autruche rêvant d’être flamant.
Le rose distingué détonnait de sa robe noire gauchement plumée.
Des ses yeux hauts perchés elle pouvait voir les lagunes de l’autre bout du monde décorées de ces oiseaux unijambistes.
Chaque fois, le chagrin grimpait le long de son cou et arrosait sa vue.
Chaque jour la routine reprenait.
Au matin, les statues posaient.
Au crépuscule, elles s’applaudissaient.
L’autruche, elle, devenait vieille.
Sa barbe s’éclaircissait.
Sa coiffe se faisait gaver de gris.
Les flamants eux, ne se démodent pas.
Ils ne se laissent pas faner.
Les flamants s’envolent et se perdent.
Ils s’exilent pour qu’on les désire.
Les flamants partent pour que l’on ne les oublis pas.
Ils quittent vers cet infini qui conserve le fantasme.
Le temps s’effilochait.
L’autruche aussi.
Ses os se disaient désormais fragiles.
Ses plumes brillaient de moins en moins.
Son bec se ternissait.
Faitguée et attristée de ces années aux voeux sans régal,
elle laissa choir sa tête.
Celle-ci tomba et tomba jusqu’à ce qu’elle se plonge dans le sol.
Elle se retrouva avec le front enseveli.
Sous ce plancher terreux, elle ouvrit les yeux.
Elle n’y vit rien.  Que du sable et des débris.
Elle y resta un moment empli du simple bonheur que de n’apercevoir.
Au bout de quelques jours, elle se releva,
Contractant muscles et volonté.
À son retour, elle serra les paupières une et plusieurs fois afin de s’assurer que les choses avaient véritablement changées.
Elle s’étira et s’étrangla pour pouvoir étreindre le portrait qu’elle aimait, cette torture de beauté.
L’autruche ne voyait plus les flamants.
Durant son séjour sous terre, l’autruche était devenue myope.
Elle se posa et pensa.
Elle scruta l’enclos.
Elle y trouva, dans un des coins, une marre délaissée.
Elle s’y approcha.
À ses pieds, un reflet.
Le sien.
L’autruche se contempla.
L’autruche se ravisa.
Elle attendu dès lors et jusqu’à sa mort, le lendemain des jours de pluie.

Il faut se méfier des princesses

Pour toi, Max.

Pour les princesses, l’autobus est un char allégorique à leur effigie.  Pour elles,  le trottoir se déroule devant leurs pantoufles de verre tel le tapis d’une cérémonie.  Le droit de passage à la lumière du coin est une redevance légitime à leur présence sur cette avenue.
Le taxi est leur employé.
L’enseignant est un ouvrier.
Le médecin un pauvre artisan.
Pour une princesse, tout ce qui vaut d’être célébrer c’est elle.

Elles ont se visage décapé, poncé, sablé, ciré.

Leurs cheveux tirés ou bouclés présentent une parfaite mise en plis.  Deux bâtons de cannelle délicats forment leurs sourcils.  Elles possèdent deux yeux si lisses qu’on croirait des billes.  Leurs cils nous sont offert comme des éventails raffinés.  Les pommettes de ces princesses sont authentiquement peinturées d’une laque de rose.  Elles sont doté d’une fossette à la joue droite, petite comme une pincé de sel pour une recette réussie.  Leurs lèvres sont un pétale que l’on déposerait sur de la porcelaine.

Pour les princesses : l’attente est une insulte, la raison des autres est absurde, le peuple représente une classe de bassesse.
Pour les princesses : elles doivent être la priorité maintenant et tout le temps, elles n’auront jamais tort, elles devront impérativement être servies et honorées.

Sissi y a droit puisqu’elle est héritière.

Celles qui ne sont pas de la monarchie,
ravisez-vous.
Les princesses, c’est pour les contes et la royauté,
alors arrêtez de nous emmerder.

14/02

La St-Valentin, c’est un amas et un amalgame de toi, il, lui, l’autre.
Des souvenirs qui s’entremêles qui ne me font pas rappeler ton visage ni ton odeur.
Des soirées parmi tant d’autres qui relève du quotidien, de la routine.
Toi?
L’autre?
Lui?
Je ne sais plus.
À ce moment, ça revient du pareil au même.
Joyeuse St-Valentin,
aux souvenirs perdus et sans fondement.