GP

Un journal pas intime

Un verre de porto. Plus un autre.

Du porto.
Un verre.
Plus un.  Plus un autre.  Plein de porto.  Plein de verres de porto.
Des orteils chauds.  Des pieds palmés de laine.  De gros bas d’laine.
Une cheminée qui beugle.  Du bois qui meurt.  Une flamme qui glace un grelottement.  Des cendres qui tuent un frisson.
Il y a de petites lumières qui flashent sur l’arbre.  L’étoile à sa cime me fait un cli d’oeil.
Je me sens bien.
Un autre verre de porto.
J’me sentirai encore mieux.
Tout le monde s’en va s’coucher.  Moi, j’attends.

J’t’attends.
Même si tu viendras pas.
«Joyeux temps des fêtes» j’te dis.
Tu m’entends pas.
Pas parce que tu l’veux pas.  Parce que,
T’es pas là.

Je trinquerais en te regardant, béate de notre nous.
J’t’embrasserais les jointures en te remerciant d’être là, ici, avec moi.
On ferait même pas l’amour.  On prendrait un verre de porto.  Plus un.  Plus un autre.  Plein de porto.  Plein de verres de porto.  Toi pis moi.
On s’endormirait au pied de l’arbre, puis au matin, on se déballerait.  Tour à tour.  Contents.  Surpris.

Tout le monde est couché.  Y’a plus de bruit.  À part le vent sur la façade d’la maison, pis à part les bûches qui carburent toujours.

J’suis toute seule devant le sapin qui rit.
J’pense qui rit de moi.
Mais on rit pas des autres la veille de Noël.
J’m’allume une clope.
Pis j’attends.
Cette fois j’attends d’m’endormir pis d’me réveillé en espérant t’avoir oublié.

C’est un play qui joue.

C’est des gros doigts qui tombent sur un piano. C’est un crescendo qui monte pas.  C’est une corde vocale avec laquelle on se passe la soie dentaire.  C’est le bruit d’un accordéon qui s’efface dans ses rides.  C’est de la corne qui gifle une contre-basse.  C’est un vinyle qui pleure.  C’est un play qui joue.  C’est un décibel de trop.  C’est un volume qui fait fermer les yeux.  C’est un jingle qui fait taper du pied.  C’est un archet qui grince.  C’est le ballet de casse-noisette, sans entracte ni publique.  C’est un maître de cérémonie.  C’est un chef d’orchestre.  C’est la peau d’un tambour qui raisonne.

C’est une toune qui passe, qui me fait penser à toi.

L’invisibilité, c’est pas un pouvoir de superhéros

Je suis invisible.  Je suis un spectre vivant qui marche, mange, boit et dort.
Pourtant, je crie, ris et pleure plus fort que tout le monde.
J’ai les cordes vocales raides et déterminées, mais c’est pas assez.  Mes décibels puissantes ne sont que bibelots aux oreilles avides des «vraies» choses.
C’est ça que j’ai de la misère à assimiler : c’est quand on ferme ça gueule, qu’on prend toute la place.  C’est le dernier qui parle, qui gagne la palme.  À tout coup.  Toujours.  Sans faute.
C’est le muet qui attire l’attention.  On lui porte tout dans l’espoir qu’il chuchotte.  Qui bronche et que sorte une énygme, un discours, un film.
Celui qui ferme ça gueule monopolise.Celui qui ferme ça gueule est manifeste et évident.
Moi je suis invisible.  Tachetée de personnalité, c’est pas assez.  Il faut une race pure.  Pure race.  Racé.
Moi je me fais donner des coups d’épaules, on me laisse pas passer, on ne m’ouvre pas la porte, on ne me pointe pas du doigt, on ne me sourit pas, on ne me baise pas parce qu’on ne peut pas baiser l’inobservable.  On peut pas baiser du rien.  Du rien, ça peut pas jouir.  Du rien, ça ne se palpe pas.
Ce qui est dommage par contre, c’est que je ne puisse même pas en profiter.  Les fantômes eux peuvent au moins passer au travers les murs.  Ils peuvent espionner, frôler glacialement.  Moi, rien de tout ça.  Je suis un fantôme pris dans un corps d’humain.
J’ai de la peau pour gâcher l’apparition surnaturelle.
On me voit et on ne crie pas de peur, parce qu’on ne me voit juste pas.  On ne voit pas les fantômes pris dans des corps d’humain.  Si on est chanceux, on nous voit comme un humain.  Un regard en un clin d’oeil qui chauffe.On appelle pas l’invisible parce qu’on ne saurait pas quoi lui dire.  Du coup on doit se questionner; du coup c’est trop demander.

L’invisibilité, c’est pas un choix de super héros.  L’invisibilité, c’est les autres qui nous la donne.  C’est eux qui fixe notre niveau de transparence.  Sans le regard de l’autre, la matière existe-t-elle toujours?

J’aimerais être sourde plutôt qu’invisible.  J’aurais moins honte de ma voix.
J’aimerais être aveugle plutôt qu’invisible.  J’aurais moins peur des miroirs.
Ma mère dit qu’il ne faut pas souhaiter des trucs comme ça.  On ne doit pas souhaiter des injustices de la vie.
Je ne les souhaite pas, je les conjure.
J’aimerais être un dictateur fou pour ne pas être invisible.  C’est connu, quand on tue des gens, on se sent vivant.  J’accepterais aussi le rôle de la victime.  La pauvre victime de guerre épeurée qui n’a jamais autant compris comment la vie est précieuse est importante.  L’instant présent c’est pour les non-fantôme.  C’est pour le monde qui vivent des grosses choses tragiques et qui comprennent toutes sortes de choses que le commun des mortels ne saura jamais saisir ni concevoir.

L’invisibilité, c’est pas un pouvoir.

C’est une faiblesse.

C’est une faille qui laisse passer l’air.

Ça sile aigu précédent une migraine.

Elle. Pas moi.

Fuir le bonheur de peur qu’il n’se sauve
Sauve qui peut
Peux-tu croire
Croire dur comme fer que c’est tout simplement ça
Sapé des moments d’intimité erronée
Nez qui a du flair sait-il se retirer
Rébus droit au coeur antipathique
Tic nerveux et involontaire
Terrifée ne sachant quoi faire
Fer à cheval en poche se livrant à la chance
Anse de possibilités auxquelles se référer
Réprimander le temps
Tempête d’idées refoulées
Léviter ou s’échouer
Éviter le pire ou adopter le karma
Mastiquer sans régurgiter le concret
Craie qui note les plus
Pluriel d’un passé redondant
Dense et opaque
Pacte de sang interféré par la paire
Père  Notre Père
«Notre Père qui est aux cieux, que ton Nom soit sanctifié»
Fiée à des ancres roussies
Sinueux comme parcours
Courage et bravoure c’est ce qu’il demeure
Meurs quand le temps sera venu
Nuées enfuies  se sera incolore
L’aurore d’une fin continuelle
Elle sera mieux que moi
Moi.
Non.
Elle.
Mais…
Moi?

«Somewhere over the rainbow», mais où?

Il faut nourrir son culte.
Soigner ses convictions.
Cultiver sa fidélité.
Il faut labourer, encore et toujours, et encore, sa foi.
Toujours et tout le temps.

On peut s’essouffler à croire.
On peut s’époumoner à accorder de la crédibilité.
On peut suffoquer à faire confiance.

Comprends-le.  S’il te plait.  Lis-moi et entends.
Lis-moi et étouffe-toi.
Lis-moi et sens-toi étranglé.
Marche dans mes souliers.
Mets-les.  Lace-les.
Et ne sois plus capable de respirer.

Tu étouffes.
Tu prends l’air.  Tu l’écrases et le comprimes pour n’en laisser qu’une parcelle agace.  Tu bouffes l’O2 sans même prendre conscience des autres.  T’as un nombril gros comme un pamplemousse.  Un melon.  Une planète.
Lâche ton nombril.
Arrête de croire que le monde s’arrête hors de ton champ de vision.
Tu n’es qu’une pie provocatrice, qui se croit maître de ce qui n’est même pas.
Mais ça, toi, tu ne le sait pas.
Parce qu’avoir du bon sens, c’est pour les autres.  Pas pour toi.
Parce que toi, t’as la raison.  T’as le vrai infus.
Le faux vrai.
Le faux que tu crois vrai.
Décrcohe.
Lâche prise.
Sors ta tête de la glaise.
Ouvre tes yeux.
Décolle tes paupières de ta vision malmenée.
Et peut-être que tu verras tous ces bras hors d’haleine tendus vers toi.
Ces bras fatigués de ton égoïsme coquet.
Deviens une donatrice au lieu d’une receveuse. Tu vas voir comment tes oeillères peuvent prendre tout un autre sens.
Un sens opposé.
Je l’espère.

Angus AAA

Tu m’as mangée comme un steak tartare.

Le sang giclait de ton bec gluant.
Tes molaires se complaisent à siroter mes globules.
Tes canines se délectent à gruger ma carcasse.
Je suis ton rosbif.  Ton contre-filet.
Pas assez bonne pour avoir mon étoile Michelin.
Mais quand même.

Chique.
Chique bien.

Mastique-moi convenablement, parce que lorsqu’on m’avale, on me digère lentement.

Je suis un escargot à l’ail.

Je suis candide.  Je suis naïve.  Je suis crédule et mystifiable.
Faire confiance.  Avoir confiance.  Être confiant.
On m’a enseigné à l’être
à l’appliquer
à le donner
à l’obtenir
à l’offrir

On m’a enseigné à allouer cette vertu parce que sans se sentiment de sécurité, d’assurance et d’espérance, l’abandon est irréalisable.  Sans abandon : pas de solidarité, pas de tendresse ni de complicité.
On m’a appris à croire en la bonne foi.  On m’a appris à croire en la loyauté.
On m’a appris à accepter comme vrai, la franchise, la transparence et l’intégrité.

Je m’en veux parfois d’y avoir cru sans questionnement, comme jeunot, alors qu’on croit aux contes, sans les mettre en doute.  «Pourquoi nous rapporterait-on un leurre, un mensonge, une tromperie?  Pourquoi publierait-on des conneries fausses et enracinées dans l’illusion?  Pourquoi faire la promotion de quelque chose qui n’est tout simplement pas vrai?»

On m’a appris à faire confiance, à avoir confiance.

On m’a inculqué une vérité d’un monde qui en a pas.

On me réfère souvent en tant que personne confiante. Ouverte, exubérante, impliquée, expansive, extravertie : Confiante.  Je le suis.

Par contre, la confiance nous aveugle à l’hypocrisie.
C’est donc pourquoi j’ai une fente entre mes os de dos.  Une ouverture qui s’enfonce.  Dans ma colonne, j’ai des fragments de coutellerie.  J’ai des pépites de canif.  J’ai des échardes de poignards.  Au concave des mes épines dorsales on m’a versé des miettes de cactus.

Couteau à double tranchant.

Pourtant, j’ai une armure bien solide.  Un équipement de protection de bon aloi.  Toutefois, et j’en suis chroniquement surprise, les gens négligent un «détail» prépondérant… À l’origine, une carapace c’est une précaution pour se prémunir.  Notons bien : les animaux la portant sont en grand majorité des invertébrés.  Excluons la tortue ; il reste principalement les insectes, mais surtout, les mollusques.  Les bêtes au corps mou.  Les loques.  Les bestioles sans défense ni renfort.

Fake, c’est ça.

Fake on est là.
On fait quoi ? On sait pas.  Mais on est là.

Dans l’fond.  Non.  Moi je suis là.  Mais toi, j’sais pas t’es où.

T’es une salope.
Et je t’envie.
Fourrer, j’aimerais.
Moi je sais juste faire l’amour.

En fait, moi je sais juste ; l’amour.
Mais c’est d’même.

Le temps c’est la clé de l’oubli.  Et l’oubli, c’est la clé du bonheur.
Parce que l’oubli, ça fait guérir.  L’oubli c’est un
bandaid.
La faculté de le faire, c’est le
polysporin.
J’ai ma trousse de premier soin.
Au moins.

On dit que d’enlever le diachylon d’une shot, c’est mieux.
On pense moins.  On se fait mal beaucoup, mais tellement vivement, qu’au bout du compte, c’est mieux.
C’est un mal pour un bien, comme y disent.

Pis de toute façon, même si je le portais plus longtemps mon plaster, il n’est pas imperméable.  Fake…  Je me retrouverais quand même noyée.  Dans l’eau des attentes.  Dans l’or bleu du cliché de l’optimisme féminin.

Deux pieds valent mieux qu’un.

Il faut juste apprendre.
Juste apprendre à marcher en solo.
Juste apprendre à avoir un pas, en singulier.  Pas de 1e personne du pluriel.  Juste du singulier.  Juste de l’unitaire, t’sé.
Juste apprendre à entendre 2 pieds.  Pas quatre.  Ni plus.  Juste deux.  Une paire.
Juste apprendre à marcher sans le meilleur ami de l’homme.  Pas de laisse.
Juste apprendre à assumer à jouer au solitaire.  Un joueur.  Un.  Seul.  Joueur.
Juste apprendre à être confortable dans le silence de tes enjambés.
Deux pieds.  Juste deux.  C’est pas assez.  Mais c’est ce qu’on a.
Juste apprendre à assumer de pas être une pieuvre, et d’en avoir pas 8, mais deux.  Deux tentacules.  C’est tout.  Pas huit.  Non.  T’es pas une pieuvre.
Juste apprendre.  C’est déjà beaucoup.
L’ouï fige à entendre un singleton.

Faut apprendre, mais
Faut aussi s’y faire.

Défi 009 : «écrire un texte gore. p.s. il peut y avoir des émotions.»

Je me crossais sur tes seins.

Tes yeux fermés me laissaient flairer ta concupiscence.  Ta bouche entrouverte me donnait le goût de te la mettre jusqu’aux amygdales.  De sentir tes dents se dispersés sous mon membre trop présent.

Plus bandé que ça, tu meurs.  Littéralement.  Plus de sang nulle part autre dans mon corps que dans ce que je plonge dans le tien.  Je voulais que tu passes ta langue sur mes couilles, mais t’aimais pas ça.  C’est ce qui me donnait encore plus envie que tu le fasses.  T’étais bouillante et trempée.  Charmante et sans limites.

Je t’ai croqué les lèvres.  J’ai grignoté ta clavicule.  J’ai pressé tes mamelons. J’ai baisé tes côtes.  J’ai cambriolé ton nombril. J’ai rongé tes reins.  Je me suis emparé de tes hanches, les mains moites et fermes, j’ai guidé ton pelvis jusqu’à ma gueule.

Je veux te faire jouir.  Je veux que l’érotisme sorte de tes orifices et que je le goûte puis te le relance.  J’avale tes bruits.  J’en veux plus.  Je mordille mes gencives pour ne pas te blesser.  Pour y aller doucement, mais sûrement.  Pour sentir tes fesses qui montent et descendent sous ma langue qui cherche ton régal.

Ragarde moi dans les yeux que je te détecte.  Que je distingue ton iris qui rugit.
Abusivement vampé, je frôle une autre fois ton sexe avec l’écume de mon désir.
Plus capable, je refais le chemin inverse.  Je sollicite ta peau de mes lèvres humecté, de baiser en baiser, de ton bas ventre à ta nuque.

J’arrive à ta bouche.   De savoir que tu te goûtes par moi, ça m’endurcit.
Je suis ferme et héroïque.
Je t’embrasse.  Ma langue passe à la tienne, l’appétit de te mettre.
Tu empoignes alors ma queue avec laquelle tu jongles.  Tu la manies entre ton pouce, ton index, et ton majeur.  Fais-le de la main gauche que de la droite tu te touches.
Ta main plonge alors entre les formes de ton toi, tu t’excites.  Tu me touches.
J’ai envie de te palper avec mon sexe, je te retourne, allez fais le golden, le labrador, le boston terrier.
Je scrute ton coccyx se crisper, tes vertèbres s’affrioler, ton cou s’arquer.
Ton cul balance et ça me fait venir.
Je palpite.  J’ai l’impression que ton bas ventre m’étrangle.  Je me décharge.

Et te prends en cuillère.